DIX ANS ? DÉJÀ !

ap_moeri
En 2003, nous étions deux amis, amoureux de l’art, décidés à faire partager notre passion au plus grand nombre. Et pourquoi pas au moyen d’une revue ? Un pari osé, téméraire, insensé même. Les difficultés de l’édition, déjà très sensibles naguère, ne devaient-elles pas nous inciter à la prudence et nous signaler les risques d’une telle entreprise ? Rien n’y fit. Etait-ce l’effet de la canicule qui sévissait cet été-là ? Ou celui du début de la guerre en Irak, qui rendait à l’art toute sa force vive de contestation ? Nous ne savions pas encore que dans l’Irak d’aujourd’hui, la lutte des fanatiques contre toute forme d’art, entraînerait la destruction massive et irrémédiable des vestiges d’une des plus anciennes civilisations, celle de la Mésopotamie. Nous ne pensions pas devoir consacrer un jour un numéro aux trésors de Ninive saccagés, comme hier les Bouddhas de Bâmiyân. Parallèlement aux problèmes de l’édition, la crise de la presse battait son plein, comment pouvions-nous l’oublier ? Des centaines de milliers de lecteurs étaient en train de se détourner non seulement des quotidiens, mais aussi des hebdomadaires et a fortiori des revues culturelles. La mort de Françoise Giroud, cette année-là, ne symbolisait-elle pas la disparition d’une certaine idée du journalisme? Et que dire de la crise de la culture, celle que l’on pourrait qualifier d’exigeante ? Le centenaire du Tour de France passionnait plus de monde que le bicentenaire de Mérimée et de Berlioz. En revanche, l’exposition Gauguin-Tahiti, au Grand Palais, attirait beaucoup de monde, en août de la même...

En 2003, nous étions deux amis, amoureux de l’art, décidés à faire partager notre passion au plus grand nombre. Et pourquoi pas au moyen d’une revue ? Un pari osé, téméraire, insensé même.

Les difficultés de l’édition, déjà très sensibles naguère, ne devaient-elles pas nous inciter à la prudence et nous signaler les risques d’une telle entreprise ?

Rien n’y fit. Etait-ce l’effet de la canicule qui sévissait cet été-là ? Ou celui du début de la guerre en Irak, qui rendait à l’art toute sa force vive de contestation ? Nous ne savions pas encore que dans l’Irak d’aujourd’hui, la lutte des fanatiques contre toute forme d’art, entraînerait la destruction massive et irrémédiable des vestiges d’une des plus anciennes civilisations, celle de la Mésopotamie. Nous ne pensions pas devoir consacrer un jour un numéro aux trésors de Ninive saccagés, comme hier les Bouddhas de Bâmiyân.

Parallèlement aux problèmes de l’édition, la crise de la presse battait son plein, comment pouvions-nous l’oublier ? Des centaines de milliers de lecteurs étaient en train de se détourner non seulement des quotidiens, mais aussi des hebdomadaires et a fortiori des revues culturelles. La mort de Françoise Giroud, cette année-là, ne symbolisait-elle pas la disparition d’une certaine idée du journalisme?

Et que dire de la crise de la culture, celle que l’on pourrait qualifier d’exigeante ? Le centenaire du Tour de France passionnait plus de monde que le bicentenaire de Mérimée et de Berlioz. En revanche, l’exposition Gauguin-Tahiti, au Grand Palais, attirait beaucoup de monde, en août de la même année. En effet, si le patrimoine littéraire et artistique, qui demande un effort, était de plus en plus délaissé, la culture de l’événement, d’accès plus facile, commençait son extraordinaire réussite auprès du grand public. Une mutation qu’il valait sans doute la peine d’accompagner d’un regard critique.

Et puis, nous étions dans l’« année Jules Verne » : elle devait sans nul doute être propice aux aventures et aux découvertes. Après tout, au Grand Palais, l’exposition de Jean Clair sur la Mélancolie faisait un tabac, tout comme, chez Beyeler, la grande exposition Picasso surréaliste puis la Rétrospective Magritte. Nous nous réjouissions de ce frémissement d’intérêt persistant pour ce que nous aimions ; ce furent autant de signes d’encouragement.

C’est dans cet environnement intellectuel et médiatique que parut, deux ans plus tard, en mars 2005, le premier numéro d’ARTPASSIONS.

Dès le début, notre volonté était d’explorer l’art sous toutes ses formes d’offrir à nos lecteurs des articles d’excellentes qualités, étayés par une iconographie idoine et une mise en page épurée. Nous nous sommes donc entourés d’écrivains reconnus tels qu’Étienne Barilier, ou Charles Dantzig, d’auteurs comme Charles Méla ou Robert Kopp, de conservateurs de grands musées et de spécialistes tel que Rainer Michael Mason ou Jacques Chamay..

Et le titre de notre revue ? Le pluriel choisi pour notre couverture, ne laissait aucun doute sur le caractère ambitieux de notre entreprise. Si nous avons osé ce titre, aurions-nous le même aplomb pour affirmer, dix ans plus tard, que nous avons gagné notre pari ? Ce serait succomber à cette hubris que les dieux, chez les anciens, n’ont jamais manqué de punir. Mais lorsque nous feuilletons les premiers numéros, force est de constater que très rapidement une certaine unité dans le contenu des sommaire s’est imposée. Nous voulions aller à la rencontre des personnalités marquantes dans le domaine de l’art et de la culture ; les soumettre à nos questions sur leurs motivations, leurs goûts et leurs dégoûts. D’où cette série ininterrompue de grands entretiens avec des artistes comme Markus Raetz, John Armlerder, Hans Richter, Soulages ou Jean-Pierre Cassigneul, des architectes et des designers comme Mario Botta, Andrée Putmann ou Philippe Starck, des gens du cinéma, de la danse ou de l’opéra, comme Roman Polanski, Maurice Béjart ou Hugues Gall ; des collectionneurs, des galeristes, des conservateurs, comme Ernst Beyeler, Sam Keller, Jean Bonna ou Jean Clair, des écrivains, comme Dominique Fernandez, Jacques Chessex ou Bernard-Henri Lévy.

ARTPASSIONS, fut porté dès le départ par la conviction que notre époque n’était pas moins riche que d’autres en talents novateurs et qu’il suffisait d’aller à leur recherche. C’est pourquoi nous avons élargi le spectre des arts représentés dans la revue par une rubrique en forme de galerie, dédiée à la photographie contemporaine, qui depuis, a pris une place éminente dans nos pages.

Passion pour l’art vivant, voilà qui pourrait être la devise de notre revue, mais un art conscient qu’il se nourrit de traditions multiples dans lesquelles il s’inscrit, bien au-delà de notre pays. C’est ainsi que dans nos articles, nous avons suivi les grandes expositions à travers la Suisse, l’Europe, voire le monde, invitant nos compatriotes à réfléchir sur la place légitime de leur pays sur la scène internationale et les invitant à se familiariser avec l’art contemporain comme  avecl’art  des quatre coins du monde.

« Revue suisse d’art et de culture » : nous avons dès le départ essayé d’être fidèles à notre sous-titre. Après la photographie, nous avons souhaité faire une place aux livres sur l’art, et à la musique. Et une fois encore, notre objectif était de faire dialoguer le passé le plus lointain avec le présent mouvant.

L’entreprise d’ARTPASSIONS a encore bénéficié, nous ne l’oublions pas, des dialogues et des échanges innombrables et infinis, engagés d’abord avec les auteurs, qui ont façonné la revue et qui sont devenus une grande famille. Ensuite avec nos annonceurs, acteurs essentiels sans lesquels rien ne serait possible et qui, non seulement nous font confiance, mais partagent notre goût pour l’excellence. Enfin, et surtout, avec nos lecteurs toujours plus nombreux à partager nos passions.

À tous un très sincère merci !

Ombretta Ravessoud
Jean-Pierre Möri

Artpassions Articles

E-Shop

Nos Blogs

Instagram Feed