Galerie Schifferli, Robert Müller sculpteur dès le 24 septembre

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Tatzelwurm, 1973 Sculpture en pierre calcaire

Robert Müller (1920–2003) mena à merveille son existence au milieu d’une multitude d’objets et d’œuvres d’art (de sa main et d’autres mains, venant de siècles passés et de civilisations lointaines) et se posta ainsi au sein d’un réseau d’appels et d’échos qui nourrissaient son imaginaire et lui permettaient de faire des détours, de se tenir à l’écart, de créer des formes libres, de privilégier des contenus et des styles « inactuels », de semer et de récolter des étincelles. Tout cela avec esprit, drôlerie même, désir et plaisir, distance et proximité tout ensemble.

Effleurons donc du doigt et du regard les petites meulières, ces pierres calcaires que Robert Müller, un nom majeur parmi les plasticiens européens des années cinquante, soixante et soixante- dix, a taillées, forées, gravées au tournant de 1970. Comme autant de sculptures appeleuses d’idées, comme autant d’idées appelant des sculptures.

Car les grès sédimentaires ou les molasses blondes blanchies sous le soleil sans doute extraites de gisements aux alentours de Paris (laissons leur qualification précise aux plus savants) incorporent aussi, dans leur matière, irrégularités, inclusions, alvéoles et menus accidents – des «entourloupettes» (l’artiste aimait beau- coup ce mot !) qui portent justement au primesaut, qui permettent d’inventer, de jouer avec, sinon de n’en faire qu’à sa tête.

Quoi de plus stimulant pour le sculpteur qui, à mes yeux, fut également le plus admirable «mauvais dessinateur», inépuisable dans son instinct narratif et sa veine ornementale ! Ce qui s’offre ici à l’exploration tactile et visuelle n’est certes pas étranger à la statuaire italienne, française ou irlandaise du haut moyen âge et, pourquoi pas, aux tailleurs d’images aztèques.

L’«écriture» qui «décore» la pierre, liée de près au dessin et à la gravure chez Robert Müller, accorde ainsi volontiers, loin de toute imitation, par exemple le fluide d’une Chevelure élégamment cardée aux remous sinueux de la crinière d’un lion de porphyre couché au portail d’une église romane d’Ombrie.

Or dans la forme, faite de creux, de replis, d’éperons dressés et de rondeurs, d’arabesques et d’éclairs, logent toujours les glissades et les fourmillements, les éclats et les gentillesses du fabuleux et du fantasme. Car l’art de Robert Müller est mû par l’éros, souvent, par l’imagination mise en transe. Il démoule vers l’extérieur et façonne la perception hasardeuse des pulsions.

Ecluse, Tatzelwurm, cette larve de dragon des légendes alpines, ReliqueGloutonUrne, Drapée peuvent passer pour des amulettes précieuses, des autels de voyage aux dimensions de la main, alors que Ballade et Niche (1967–1970), en des matériaux qui ont aussi connu la faveur de Robert Müller au cours des années, sont des modelli de pièces imposantes où se lit l’invite des simulacres de caresses et des tabernacles de jouissance. [rmm, 2019].

Rainer Michael Mason

 

 

Galerie Schifferli
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