L’INVITÉ D’ARTPASSIONS Alice Pauli

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Premier bâtiment achevé du pôle muséal lausannois Plateforme 10, le Musée des Beaux-Arts ouvre ses portes le 5 octobre. Bien des regards se tournent vers celle qui a tant fait pour Lausanne et qui, depuis des décennies, militait pour l’édification de ce nouveau musée : la galeriste Alice Pauli, grande dame de l’art « classique contemporain ». Première œuvre installée au MCBA, un arbre géant de bronze, d’or et de granit de Giuseppe Penone a, dès le mois d’avril, pris racine dans son grand hall d’entrée. Un don princier signé Alice Pauli. Il a suivi deux autres donations de la mécène en 2017 et 2018, tandis que la troisième sera révélée dans son exposition inaugurale.

Alice Pauli, quelle est l’importance de l’art dans votre vie ?

L’art EST ma vie.Tout mon temps lui est dévolu.

Amatrice d’art, lequel privilégiez-vous ?

J’aime beaucoup la peinture, mais la sculpture est ma passion première. J’en aime les matériaux, les volumes, la prise d’espace, le côté tactile.

Le courant artistique avec lequel vous avez le plus d’affinités ?

Je ne suis attachée à aucun mouvement. J’aime les œuvres fortes et très personnelles qui s’expriment de manière contemporaine à travers les matériaux classiques de l’art.

Les artistes que vous admirez le plus ?

Soulages, Penone, Kiefer, tous trois bien représentés dans ma collection comme dans mes donations.

Aussi loin que vos souvenirs remontent, quelle a été votre première émotion artistique ?

Travaillant alors dans l’horlogerie, je suis tombée à Londres dans les années cinquante sur une exposition de tapisseries du XVIIIe siècle. Une révélation ! Avec mon mari, nous nous sommes alors intéressés à la tapisserie en devenir. Telles ont été les prémices de la grande aventure de la Biennale internationale de la tapisserie de Lausanne.

Vos œuvres incontournables ?

Deux œuvres qui se font face dans mon salon : d’un côté un grand dessin de Penone où l’on devine une silhouette qui s’en va. Il me fait penser à mon fils Olivier bien trop tôt disparu. Et de l’autre, une grande peinture noire de Soulages traversée par un arc bleu. Elles m’accompagnent au quotidien.

Êtes-vous collectionneuse ?

Vos rapports avec les objets d’art ? Ma collection a commencé par des tapisseries qui sont maintenant à la Fondation Toms Pauli (Abakanovicz, Buić, Rousseau-Vermette…).
Puis sont venus mes coups de cœur aux Galeries-pilotes (Fontana, Sam Francis, Jim Dine…) et tous ceux qui ont suivi. Suite au décès de mon fils en 1994, j’avais décidé que ma collection de peintures et sculptures serait confiée à un musée. Le projet du MCBA étant désormais réalisé, cela m’a convaincue de lui en léguer une partie en 2017, puis en 2018 et maintenant pour son ouverture. Vingttrois œuvres au total, signées Soulages, Penone, Kiefer, Kentridge, Paolucci, Kapoor, Morellet, Cognée, Rebecca Horn, Vieira da Silva, Asger Jorn, Arnulf Rainer, Jim Dine, Kounellis… Ayant toujours travaillé avec des artistes vivants, je voulais aussi faire une donation importante de mon vivant. Tout ce qui est encore dans ma maison et mon jardin ira au MCBA après mon décès.

Comment êtes-vous meublée : plutôt épuré ou chargé de souvenirs ?

La plupart de mes meubles et objets sont liés à des voyages et des rencontres. L’ensemble est plutôt épuré, mais complètement chargé de souvenirs.

Un artiste que vous auriez aimé rencontrer ?

Giacometti. J’ai bien connu son frère Diego, le designer-décorateur, mais Alberto hélas jamais. J’ai rencontré une fois Matisse à SaintPaul-de-Vence. J’aurais aimé le connaître mieux. Pareil pour Picasso que j’ai croisé dans l’atelier de céramique où il travaillait à Vallauris.

Quel don artistique aimeriez-vous avoir ?

La sculpture. Arriver à mettre en formes la diversité des matériaux de la sculpture doit être formidablement jouissif !

Quelle exposition conseilleriez-vous actuellement ?

Celle que le MCBA vernit le 5 octobre : « Atlas. Cartographie du don » qui présentera un choix des dons et dépôts entrés dans ses collections en soutien au projet de nouveau musée.

 

Françoise Jaunin