L’ŒUVRE ET L’IDÉE, DE DUCHAMP À BANKSY

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Arthur Dreyfus

Le 5 octobre dernier, à Londres, se produisait un événement qui ferait date dans l’histoire de l’art : la destruction d’une œuvre qui venait d’être vendue aux enchères pour un montant record. Signée Banksy, plus fameux « street artist » d’aujourd’hui, et intitulée Girl with baloon, la toile représentait une petite fille imprimée au pochoir, s’envolant et tenant un ballon rouge en forme de cœur. Je dis bien représentait, car sitôt que le marteau du commissaire-priseur eût frappé son pupitre, un moteur caché dans le cadre se mit en branle, hachant la majeure partie de la toile adjugée. Sidérés, les spectateurs de la vente se ruèrent tous sur leurs téléphones pour photographier ce « happening ». Suspendue dans un premier temps, la cession du fétiche fut finalement maintenue par Sotheby’s, pour le bonheur de son acquéreuse – qui expliqua avoir « d’abord été choquée », avant de prendre conscience qu’elle allait « posséder [son] bout d’histoire de l’art ». Devenue l’une des séquences les plus médiatisées de la planète, les spécialistes estiment en effet que la valeur de cette Girl with baloon a plus que doublé, passant en un éclair d’un à deux millions de livres. Entre-temps, elle fut d’ailleurs…