PAOLO DI PAOLO «MONDO PERDUTO»

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L’exposition printanière Mondo Perduto au MAXXI à Rome, consacrée au grand photographe Paolo Di Paolo vient de se terminer après avoir rencontré un vif succès. Il nous reste le magnifique livre publié à cette occasion par la maison d’édition Marsilio. Plus de deux cent cinquante images, avec pour protagonistes le monde du cinéma, de l’art, de la culture, de la mode et du quotidien, proposent un récit sensible et véridique de l’Italie des années cinquante et soixante qui renaissait des cendres de la Seconde Guerre Mondiale.

Paolo Di Paolo fut le photographe le plus aimé du fameux hebdomadaire politique et culturel Il Mondo de Pannunzio. Durant quatorze ans, il a publié des reportages avec près de six cents photographies concernant l’Italie et le monde entier. Il a parcouru le littoral italien avec Pier Paolo Pasolini et fixé sur sa pellicule les vacances des italiens, le portrait de célébrités et des gens des classes populaires. Di Paolo est né en 1925, à Larino, petite ville du sud de l’Italie. À l’âge de quinze ans, il part à Rome et entreprend des études de littérature et de philosophie. Une fois son diplôme obtenu, c’est la photographie qui le passionnera. Cet homme cultivé et élégant côtoie le milieu artistique romain où il devient l’ami des stars du cinéma, des réalisateurs et des grands écrivains. Son charisme lui permettra de gagner la confiance de la noblesse italienne. C’est l’âge d’or du cinéma d’après-guerre, le règne de la dolce vita. Dans son entourage, on trouve Luchino Visconti, Pier Paolo Pasolini, Federico Fellini, Michelangelo Antonioni… et aussi Sophia Loren, Anna Magnani, Monica Vitti, Marcello Mastroianni, Yves Montand, Simone Signoret, Giulietta Massina, Gina Lollobrigida, Anita Ekberg, Gloria Swanson, Kim Novak ou encore Oriana Fallaci, Tennesse Williams, Ezra Pound, Alberto Moravia, puis Giorgio de Chirico, Lucio Fontana, Renato Guttuso, Mimmo Rotella… et bien d’autres. Avec pudeur, il immortalise l’intimité de ces personnalités qui en toute confiance se laissent capturer par son objectif qui, de manière magistrale, arrive à restituer l’atmosphère de ces moments particuliers. Par exemple, la solitude de Marcello Mastroianni devant son ristretto, cliché jamais dévoilé avant cette exposition. Également l’ambiance des vacances italiennes qui se retrouve dans l’image de ces deux hommes à Vespa qui admirent deux jeunes filles et les interpellent probablement d’un spontané « Ciao belle » ! La finesse, l’élégance et la pertinence de ces clichés lui valent même d’être invité sur le tournage de L’Évangile selon saint Matthieu de Pasolini. Il a réussi à conquérir la confiance de ce dernier qui savait que sa personnalité serait respectée. La plupart de ces photographies n’ont jamais été publiées car Di Paolo estimait inapproprié de les divulguer au grand public. Mandaté par plusieurs magazines, Paolo Di Paolo a parcouru le monde entier des États-Unis à la Russie en passant par le Japon où il séjournera plusieurs mois pour s’imprégner de la culture traditionnelle à laquelle il s’intéressait particulièrement. À près de quarante ans, lors de la fermeture d’Il Mondo, n’étant plus en harmonie avec l’évolution de la société, il revint à la philosophie et abandonne son appareil de photo. C’est le début des paparazzis, de la photographie « people » à scandales, ce n’est plus son monde. Ses centres d’intérêt changent, il deviendra professeur d’histoire et de philosophie. Grâce à sa fille Silvia, nous découvrons ces merveilleux tirages qu’elle a trouvés dans la cave familiale accompagnés de tout un matériel photographique ; elle demande à son père à qui cela appartient-il ? Son père ne lui avait jamais parlé de sa précédente carrière et répond modestement : « c’est moi qui les ai faits. » Silvia en exposera quelques-uns dans une petite librairie, ils seront remarqués par le directeur artistique de Gucci qui, conquis, décidera d’organiser une grande exposition au MAXXI. C’est avec émotion que ce merveilleux chroniqueur, à l’âge de quatre-vingt quatorze ans, accompagné de sa fille, a inauguré l’exposition consacrée à ses photographies oubliées pendant un demi-siècle.

Maxence Riva