HANS HARTUNG GESTATION D’UN GESTE

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HANS HARTUNG GESTATION D’UN GESTE

Dans un Musée d’Art Moderne de Paris rénové, une rétrospective rend justice à l’œuvre tardive de ce peintre pluriel, qui bouscule nos perceptions et nos conceptions. D’où nous vient cette conception saugrenue selon laquelle une idée ne saurait être exprimée que par les mots ? Voilà bien notre logocentrisme ! Régis Debray le déplorait dans son inépuisable Vie et mort de l’image, fustigeant ces peintres qui cherchent un « langage chromatique », et qui, peignant pourtant, ne désirent que parler. Cioran, dans sa Tentation d’exister, raille notre propension à attribuer aux mots « les premiers sursauts de la matière » (Jean l’apôtre dans le collimateur), à « ramener la cosmogonie au discours ». Car il est vrai que notre esprit, matérialisé par un cerveau (drôle d’organe dont les rides garantissent étonnamment la verdeur), conçoit parfois sous forme graphique – et que les mots courent derrière, à bout de souffle. L’architecte néerlandais Rem Koolhaas, dans son New York Délire, avec ses schémas convulsifs, en est un bel ambassadeur ; mais l’occasion nous est donnée, ces temps-ci, d’en redécouvrir un autre. Un Allemand, né en 1904, marié une première fois à une artiste norvégienne en 1929, puis divorcé, avant de l’épouser à…