HEUREUSE ÉNIGME

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Léonard nous fascine parce qu’il nous échappe. Ce génie-orchestre, cet ingénieur artiste a peint des anges ailés, mais conçu l’homme-oiseau. Une telle universalité nous paraît presque surhumaine, au point qu’un Paul Valéry faisait de Léonard l’homme du possible, l’homme de tous les possibles de l’humanité. Dans un seul domaine, il ne s’est pas illustré : la poésie. Et là, c’est son grand rival Michel-Ange qui, pourrait-on dire, le supplée. Si Léonard nous paraît insaisissable, c’est aussi qu’il est rare : combien de peintures peut-on lui attribuer à coup sûr ? Et que d’œuvres disparues, d’œuvres inachevées ! Voilà que par-dessus le marché, l’authenticité du dessin qui nous aurait le mieux permis de connaître ses traits, l’Autoportrait de Turin, n’est plus certaine. Le visage du sphinx recule dans l’ombre. Et n’a-t-il pas lui-même brouillé les pistes ? Pourquoi, lorsqu’il écrit, recourt-il à l’écriture spéculaire ? Voulait-il se voir, ou se faire voir « comme dans un miroir, en énigme », selon les mots fameux du Nouveau Testament ? Et ses créations picturales ne dissimulent-elles pas des secrets intimes, comme le pensait Freud devant La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne ? Quant au trop célèbre sourire de la Joconde ! On…