Home » Articles en lecture libre » Hilma af Klint. Les peintures du Temple, cent vingt ans après

Hilma af Klint. Les peintures du Temple, cent vingt ans après

Article complet

Hilma af Klint est née en 1862 à Solna, en Suède. Elle s’éteint en 1944 à Djursholm, après quatre décennies d’une œuvre que la majorité des contemporains ignorera. Du 6 mai au 30 août 2026, le Grand Palais et le Centre Pompidou réunissent à Paris Les peintures du Temple (1906-1915), première grande monographie française à cette échelle, déployée sur deux institutions. Le commissariat est assuré par Pascal Rousseau, professeur d’histoire de l’art contemporain à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste reconnu des avant-gardes spirituelles du tournant du XX{e} siècle.

Hilma af Klint mène une double vie artistique. Le jour, elle peint des portraits et des paysages académiques, exposés en Suède dans le circuit officiel. La nuit, à partir de 1906, elle entre dans un autre régime de travail : guidée par des séances avec un groupe de cinq femmes nommé De Fem, elle entreprend un vaste cycle de peintures abstraites qu’elle nomme Les peintures du Temple. Cent quatre-vingt-treize œuvres conçues pour un édifice spirituel qui ne sera jamais construit. L’artiste décide, par testament, que ces œuvres ne pourront être présentées avant vingt ans après sa mort. Quarante-deux ans plus tard, en 1986, Los Angeles l’expose pour la première fois ; en 2018, le Guggenheim de New York la consacre lors d’une rétrospective record. Paris arrive maintenant.

Au cœur du cycle, la série des Dix Plus Grands (The Ten Largest, 1907) retrace en dix toiles de plus de trois mètres les quatre âges de la vie — enfance, jeunesse, maturité, vieillesse. Tempéra sur papier, formes biomorphiques, spirales et lettres flottantes, la matière abstraite y précède de cinq années les premières compositions de Kandinsky. « Se retrouver face aux Dix Plus Grands reste, aujourd’hui encore, une vision saisissante. » La formule revient au commissaire Pascal Rousseau, recueillie dans plusieurs entretiens autour de l’ouverture parisienne. La conservation, la spiritualité, le rapport à la nature et à la modernité scientifique : autant de fils que l’exposition retrace pour replacer Hilma af Klint dans l’histoire longue de l’abstraction.

L’antériorité de Hilma af Klint sur Kandinsky, Mondrian et Malevitch ne s’impose pleinement dans la conscience occidentale que depuis vingt ans. La double accroche Grand Palais et Centre Pompidou, au printemps et à l’été 2026, désigne ce déplacement : Paris reconnaît à l’artiste suédoise sa place de pionnière de l’abstraction. Au-delà de la primauté chronologique, l’exposition donne à voir la cohérence d’une recherche conduite à l’écart des avant-gardes, depuis Stockholm puis sa retraite de Munsö, sur la côte suédoise. L’œuvre s’affirme comme un autre régime du moderne, qui acquiert maintenant sa pleine consécration française.

Hilma af Klint. Les peintures du Temple (1906-1915). Grand Palais, 3 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris, et Centre Pompidou, Place Georges-Pompidou, 75004 Paris. Du 6 mai au 30 août 2026. Commissariat Pascal Rousseau. → grandpalaisrmn.fr · centrepompidou.fr

Partager l'article

La Lettre d’Artpassions
Bimensuelle
Suivez toute l'actualité de l'art.

Une sélection d’articles en lecture libre, notre analyse du marché, nos recommandations d’expositions et de lectures.

S’abonner à Artpassions
Le magazine, chez vous.

Quatre numéros par an, papier ou digital. Le magazine d’art le plus vendu en kiosque en Suisse.

Articles du même auteur
Laurent-Lebon-326x235

Dada…Dadamour

« Notre tête est ronde pour permettre à la pensée de changer de direction » (Picabia). « Dada était une bombe. Peut-on s’imaginer quelqu’un après l’explosion d’une bombe qui s’emploierait à en recueillir les éclats ? Une petite brèche dans le mur de l’imbécillité. Dada est mort jeune. » (Max ...

Nu bleu I, 1952
Papiers gouachés, découpés et
collés sur papier marouflé sur toile,
103,8 x 86 cm
Photo © Fondation Beyeler, Riehen/Basel,
collection Beyeler / Photo Robert Bayer

La «Seconde Vie» de Matisse

Par Arthur Dreyfus À Paris, le Centre Pompidou et le Grand Palais s’unissent pour éclairer les dernières années de création d’une des figures tutélaires de la modernité picturale. Toute œuvre véritable surgit d’un combat entre la vie et la mort. Mais ce combat prend-il la même forme chez un jeune ...

Jean-Arp-Torse-Gerbe-1958-Marbre-795-x37x285cm-Collection-privee-2020-ProLitteris-Zurich-Photo-Manolo-Mylonas-534x462-1

Rodin /Arp face-à-face en ouvreurs de piste

Adepte éclairée des têtes-à-têtes d’artistes, la Fondation Beyeler chorégraphie Marianne André le paso doble de deux figures marquantes de la modernité en sculpture. Par-delà les époques et les styles, les dialogues d’artistes sont manifestement devenus un gisement intéressant et quasi inépuisable pour les expositions du XXIe siècle: Vallotton et Alex ...

LA LETTRE D'ARTPASSIONS

Toute l'actualité de l'art : une sélection d'articles en lecture libre, notre analyse du marché, nos recommandations d'expositions et de lectures. Bimensuelle.