Home » Artpassions No. 26 » Hugo Pratt Prince de la Bd

Hugo Pratt Prince de la Bd

Article complet

La bande dessinée a conquis depuis longtemps ses lettres de noblesse, accédant même au rang de «neuvième art». Et, désormais, elle alimente un marché spécialisé, où se succèdent les records. Par exemple, il y a trois ans, un dessin aquarellé d’Hugo Pratt, destiné à la couverture de l’album Les Éthiopiques (publié en 1979 chez Bompiani), atteignit en vente publique la somme de 250’000 euros ! Il faut dire que cet artiste italien s’est attiré très tôt la faveur de l’intelligentsia européenne, séduite par le caractère littéraire de ses récits en images. D’où les nombreuses distinctions qu’il a reçues, au Festival d’Angoulême et ailleurs. En outre, depuis sa mort survenue à Pully (près de Lausanne) le 20 août 1995, les hommages ont redoublé, certains sous la plume d’écrivains renommés qui se sont livrés parfois à de véritables exégèses de son œuvre. D’ailleurs, Hugo Pratt s’est lui-même exprimé longuement dans un entretien accordé à son ami Vincenzo Mollica, paru en 2005, sous le titre Pratt & Corto, Storie di disegni (Giulio Einaudi éd.).

La carrière d’Hugo Pratt prit son essor en 1967, quand il créa le personnage de Corto Maltese, marin au long cours, solitaire et taciturne, qui sera le héros de 29 aventures (les Français le découvriront en 1970). Mais on ne saurait oublier le reste de sa production, diverse et foisonnante, fruit d’une imagination débordante, d’une culture cosmopolite et d’une puissance de travail hors norme.

Parmi les inédits qu’Hugo Pratt a laissés (sa maison de Grandvaux en était pleine, paraît-il), il se trouve une planche présentée ici pour la première fois. Elle comporte six cases, dépourvues de texte. Les figures y sont tracées à l’encre de Chine, sur un crayonné préalable. Et, selon une technique d’impression inhabituelle, les couleurs occupent le verso de la feuille, appliquées à la gouache, sans souci de finition. Ces aplats prennent leur place dans le dessin encré lorsqu’on présente la planche à la lumière d’une lampe, par l’effet de transparence du papier.

Si l’on parcourt la suite des vignettes, on est frappé par les enchaînements et les cadrages cinématographiques, qui rappellent l’intérêt, la passion d’Hugo Pratt pour le cinéma, celui de Fellini en particulier.

La première image représente un bateau arabe, un boutre, amarré près d’une île plantée de palmiers. Puis on voit une horde de chimpanzés surexcités qui envahissent le bord, au grand effroi du capitaine enturbanné. Suit une marche en rangs serrés, l’équipage et les singes, vers un palais merveilleux, inspiré par l’architecture du Taj Mahal. Là, dans une cour intérieure, près d’un puits, un géant noir fait son apparition, devant trois des matelots stupéfaits. Et la séquence s’achève sur un gros plan dudit géant qui, l’œil mauvais, brandit dans son poing serré le personnage dont il s’est emparé. Celui-ci (déjà entrevu dans la case numéro trois) se débat et supplie, ses pieds chaussés de babouches s’agitant dans le vide.

De quel récit s’agit-il ? Les connaisseurs le diront. Mais pour l’heure, on pense évidemment au fameux conte de Simbad le Marin, tiré des Mille et Une nuits. Hugo Pratt l’a illustré en 1963, d’après un scénario de Mino Milani, pour le compte du Corriere dei Piccoli. La planche en question serait une première ébauche.

Partager l'article

La Lettre d’Artpassions
Bimensuelle
Suivez toute l'actualité de l'art.

Une sélection d’articles en lecture libre, notre analyse du marché, nos recommandations d’expositions et de lectures.

S’abonner à Artpassions
Le magazine, chez vous.

Quatre numéros par an, papier ou digital. Le magazine d’art le plus vendu en kiosque en Suisse.

Articles du même auteur
Autographe appartenant à Renato
Saggiori, né à Padoue en 1939. Il
a consacré toute sa vie active aux
manuscrits autographes, qui sont
sa passion. Expert en paléographie,
il a collaboré à des revues scientifiques,
publié des dizaines de
catalogues raisonnés, travaillé avec
des bibliothèques et des musées
prestigieux. On lui doit quantité
de découvertes, manuscrits mal
attribués ou réputés disparus. En
2006, pour les 500 ans de la Garde
suisse, il a publié «Les Papes, cinq
siècles de signatures», premier catalogue
raisonné des autographes
des souverains pontifes de 1503 à
nos jours. Sa collection privée est
exceptionnelle par son ampleur et
par le fait qu’elle couvre toutes les
époques et tous les domaines.
© Photos: Miguel Bueno

Henri Matisse projet d’affiche

Maître de la lumière et de la couleur, Henri Matisse (1869-1954) a trouvé dansla Riviera méditerranéenne sa terre d’élection, s’installant à Cimiez dès 1938. C’est là, quelque dix ans plus tard, qu’il commence à travailler pour la chapelle du Rosaire à Vence, inaugurée le 25 juin 1951. Bien que souffrant ...

Personnage non identifié
Dessin à la plume
11 x 14 cm

Henri de Toulouse-Lautrec première exposition personnelle

Henri de Toulouse-Lautrec a 20 ans en 1884, lorsqu’il s’installe à Mont martre, dans la maison abritant l’atelier d’Edgar Degas. Tout en continuant à suivre les leçons du peintre académique Fernand Cormon, il fréquente assidûment les lieux d’amusement du quartier, comme le cabaret d’Aristide Bruant, Le Mirliton, ou, au sommet ...

ap-fallback-image

Le Monde de l’autographe Hermann Hesse lettre du tessin

Prix Nobel de littérature, Hermann Hesse est l’auteur d’une œuvre abondante (Peter Camenzind, Le dernier Été de Klingsor, Siddhārtha, Le Loup des steppes, Le Jeu des perles de verre, etc.), traduite en une cinquantaine de langues et divulguée à plus de 70 millions d’exemplaires. Né dans le Wurtemberg en 1877, ...

LA LETTRE D'ARTPASSIONS

Toute l'actualité de l'art : une sélection d'articles en lecture libre, notre analyse du marché, nos recommandations d'expositions et de lectures. Bimensuelle.