Le prolétaire, l’indigène et le chercheur oblique

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Jean Dubuffet Dramatisation, 12 janvier 1978 Collage de 42 pièces acryliques sur papier marouflé sur toile, 210 x 328 cm Collection Fondation Dubuffet, Paris Photo : pour la Suisse © Fondation Dubuffet / 2020, ProLitteris, Zurich. Pour la France © Fondation Dubuffet / 2020, ADAGP, Paris

Dubuffet l’insoumis est de retour. Même posthumément, il continue d’être toujours là où on ne l’attend pas : le voici dans le champ de l’ethnologie dont il détourne les codes et les usages au profit de sa pensée et de son geste subversivement créateurs. Françoise Jaunin En 1933, Henri Michaux publie «Un barbare en Asie», le carnet de route qui raconte comment, au fil de son grand périple asiatique de 1931, il s’est senti le barbare des cultures rencontrées. En clin d’œil à son ami poète, c’est Jean Dubuffet qui, par le biais d’une exposition légèrement décalée puisque hors du champ des beaux-arts, devient ici «Un barbare en Europe». N’est-on pas tous le barbare de quelqu’un ? Et même de beaucoup ! Dans l’immensité du monde extra-occidental, c’est bel et bien l’Occidental qui, derrière son ethnocentrisme exécrable, se trouve dans la position du barbare. Sauf que Dubuffet, lui, inverse le processus: c’est au cœur même de ses propres terres et de sa culture qu’il affiche sa barbarie. Le voici donc en ethnographe dilettante et fantasque qui, après Valence et Marseille, s’installe au Musée d’ethnographie de Genève où l’accent est porté sur sa quête de ce qu’il appellera l’«art brut» dans les hôpitaux psychiatriques…