Home » Actualité & marché de l'art » Le semestre de la sélection

Le semestre de la sélection

Article complet

Les grandes maisons de ventes referment le meilleur semestre depuis 2022. Les totaux flambent, les ventes en gants blancs se multiplient, Londres retrouve des sommets oubliés. Et pourtant, derrière les pourcentages, le premier semestre 2026 raconte moins une reprise qu’un choix : celui d’un marché qui ne se déplace plus que pour ce qui ne reviendra pas.

Londres, le sommet de juin

C’est à Londres, fin juin, que le semestre a donné sa mesure. Les vacations d’art impressionniste, moderne et contemporain de Sotheby’s, Christie’s et Phillips ont réuni 460 millions de livres, contre 104 millions en juin 2025. Une seule vente explique l’essentiel de l’écart : la collection Lewis, dispersée chez Sotheby’s pour 306,6 millions de livres, soit environ 390 millions de dollars, devenue la collection la plus importante jamais vendue dans la capitale britannique. À elle seule, elle pèse près de 28 % du semestre londonien. Dans la même séquence, un Nymphéas de Claude Monet trouve preneur à 40,8 millions de livres. Le rebond est réel ; il tient sur très peu d’épaules.

À l’échelle mondiale, le même motif se dessine. Selon le rapport semestriel du cabinet ArtTactic relayé par The Art Newspaper le 10 juillet, les trois grandes maisons totalisent 6,8 milliards de dollars de ventes au premier semestre 2026, en hausse de 70 % sur un an, leur meilleur départ depuis 2022 : 3,4 milliards pour Christie’s, 2,8 pour Sotheby’s, 505,4 millions pour Phillips, un taux d’adjudication de 91 % et 131 vacations conclues en gants blancs, sans un seul lot invendu. Les acheteurs répondent présents, à une condition désormais explicite : des pièces rares, des provenances irréprochables, des estimations tenues. Le rebond est réel ; il tient sur très peu d’épaules.

Les valeurs longues reprennent la main

La composition de ces totaux dit le reste. L’art moderne et d’après-guerre domine les grandes ventes, tandis que l’art contemporain recule de 16 % et ne représente plus que 12 % du produit mondial des enchères, contre 17 % un an plus tôt. Chez Bonhams, India Phillips observe un regain du modernisme et des collectionneurs contemporains qui élargissent leur regard vers les canons du XXe siècle. Les maîtres anciens, eux, se maintiennent autour de 10 à 12 % du produit mondial. Le cœur du marché, sous le million de dollars, avance sans éclat.

Le Journal des Arts résume la mécanique d’une phrase : « les chefs-d’œuvre dopent les totaux sans transformer la structure générale du marché ».

Sous le sommet, le même discernement

La sélectivité n’est pourtant pas un caprice du sommet. Un étage en dessous, les maisons de taille intermédiaire suivent la même direction, avec les mêmes exigences de qualité. Sur l’exercice 2025, en France, Artcurial progresse de 12 % à 208,5 millions d’euros, dont 15,2 millions réalisés par sa filiale suisse Beurret Bailly Widmer ; le groupe Millon gagne 20 % ; le groupe Drouot avance de 16 % à 769 millions d’euros, porté par des ventes en ligne en hausse de 43 %. En Suisse, Koller Auktionen AG, première maison du pays, a tenu ses ventes de juin à Zurich avec Richter, Giacometti, Vallotton et Picasso au catalogue. Le design suit le même mouvement de fond : l’ensemble des Lalanne ayant appartenu à Yves Saint Laurent a été adjugé 33,5 millions de dollars cette année, dix-sept ans après la dispersion historique de sa collection par Christie’s et Pierre Bergé & Associés. Sur toile de fond, le rapport annuel Artprice chiffrait déjà 2025 à 11,1 milliards de dollars d’enchères de Fine Art dans le monde, en hausse de 12 %. Le rebond ne se limite pas à trois enseignes ; il récompense partout la même chose.

L’automne mettra ce tri à l’épreuve. Christie’s dispersera la collection de la famille Weis, estimée à plus de 180 millions de dollars, et un ensemble Klimt, Matisse, Munch et Van Gogh évalué près de 520 millions de dollars est attendu à New York. Anders Petterson, fondateur d’ArtTactic, invite pourtant à la mesure : ses données dessinent une phase de consolidation à douze mois plutôt qu’une nouvelle envolée, avec le risque géopolitique en première ligne.

La reprise n’a pas rendu le marché plus vaste ; elle l’a rendu plus sûr de ce qu’il aime.

Quand un marché trie, la provenance devient la première des signatures, et la patience, la plus rentable des stratégies.

Partager l'article

La Lettre d’Artpassions
Bimensuelle
Suivez toute l'actualité de l'art.

Une sélection d’articles en lecture libre, notre analyse du marché, nos recommandations d’expositions et de lectures.

S’abonner à Artpassions
Le magazine, chez vous.

Quatre numéros par an, papier ou digital. Le magazine d’art le plus vendu en kiosque en Suisse.

Articles du même auteur
1781715032062

Sans Céret, le cubisme aurait-il basculé en 1912 ?

Sans Paris et ses marchands, l’art moderne aurait-il jamais eu son marché ? Sans Venise 1948, Rothko serait-il entré en Europe ? Sans Florence, aurait-il jamais quitté la figure ? Quatre questions. Quatre villes. Un même constat : avant les artistes, il y a les lieux. ⚪ Une ville peut ...

valent

Biennale au Grand Palais, 2014

Après Karl Lagerfeld qui, en 2012, avait fait voler une montgolfière sous la verrière du Grand Palais, c’est Jacques Grange qui a signé cette année le décor de la Biennale des Antiquaires, faisant revivre, dans cette ...
Artpassions

Gallery De Jonckheere

Pieter Balten nous offre ici une kermesse villageoise regorgeant de détails savoureux et possédant toutes les caractéristiques propres à ses compositions débordantes d’animation. ...

LA LETTRE D'ARTPASSIONS

Toute l'actualité de l'art : une sélection d'articles en lecture libre, notre analyse du marché, nos recommandations d'expositions et de lectures. Bimensuelle.