Matisse, comme un roman Par François-Henri Désérable

0
856
Page précédente La Sieste, 1905 Huile sur toile 60 x 73 cm Merzbacher Kunststiftung Succession H. Matisse Photo Merzbacher Kunststiftung
Page précédente La Sieste, 1905 Huile sur toile 60 x 73 cm Merzbacher Kunststiftung Succession H. Matisse Photo Merzbacher Kunststiftung

À l’occasion du cent-cinquantième anniversaire d’Henri Matisse (1869- 1954), le Centre Pompidou lui rend hommage au travers de l’exposition « Matisse, comme un roman », riche de plus de 230 œuvres et 70 documents et archives. Il n’y a guère que les artistes pour faire remonter à la plus tendre enfance la naissance d’une vocation. A-t-on déjà entendu le contrôleur des impôts, l’archiviste ou la mercière nous jurer, la main sur le cœur, que tout petit, déjà… ? Imagine-t-on le futur agent immobilier écrire aujourd’hui, sur ses cahiers d’écolier : « Être Stéphane Plaza ou rien » ? Mais les artistes… Le comédien racontera qu’à la crèche il rêvait déjà de monter sur les planches, la pianiste de se produire au Carnegie Hall, et quant au joueur de guitare, est-ce qu’on ne l’a pas vu se gratter le ventre au berceau ? Le pire est encore l’écrivain, qui dans l’écho de ses premiers vagissements croit entendre un quatrain d’alexandrins parfaits, avec césure à l’hémistiche. Mais combien sont-ils à pouvoir prétendre réellement – sans recomposer a posteriori le passé pour l’édification du public – n’avoir jamais voulu faire que ça ? Combien sont-ils, pour un Mozart qui haut comme trois pommes composait déjà…