La vedette des Beatles avait un violon d’Ingres, comme on l’apprend au musée Granet d’Aix : la photographie.
Pas facile de se faire une place dans la photo quand on est le mari de la photographe Linda Eastman, et le père d’une autre photographe, Mary McCartney. On a beau avoir découvert la pratique avec son frère, Mike, quand on était minot ; on a beau s’être exercé avec l’appareil de la famille, un Kodak Brownie ; entouré d’un tel équipage, et malgré tout son talent, on apparaîtra toujours comme la troisième roue du vélo. Il faudra donc à Paul McCartney, puisque c’est de lui qu’il est question, un sujet en or – la documentation précise des pérégrinations de son groupe de rock ayant eu une certaine notoriété dans les années soixante, les Beatles – pour susciter l’intérêt de la National Portrait Gallery de Londres. L’exposition, créée en 2023, est déjà passée par les États-Unis, le Canada et le Japon ; le musée Granet d’Aix-en-Provence, qui l’accueille depuis le 4 juillet dernier et jusqu’au 3 janvier 2027, est la première étape de ce retour en Europe.

© 1964 Paul McCartney sous licence
exclusive de MPL Archive LLP
Cette exposition, qui rassemble près de deux cent cinquante clichés, met en lumière le travail de photographe de Paul McCartney lors de deux années charnières : 1963 et 1964. S’il fait entrer la lumière dans son diaphragme, c’est un travail de l’ombre ; aux côtés de George Harrison, de John Lennon et de Ringo Starr, il saisit les coulisses, les répétitions, parfois les vacances du groupe de Liverpool, devenu le plus célèbre groupe de rock de l’histoire. Charnières, pourquoi ? Car c’est le moment de bascule où, de groupe à succès, les Beatles deviennent un phénomène, qu’on appellera la Beatlemania. En 1962, ils sont rentrés de deux ans très formateurs à Hambourg. Leur premier bassiste, Stuart Sutcliffe, qui s’était lui-même mis à l’écart du groupe car il ne s’estimait pas à la hauteur musicalement, est mort à l’âge de vingt et un ans d’une congestion cérébrale. Dans la douleur, les Beatles se sont séparés de Pete Best, décevant batteur, qui deviendra par la suite boulanger (une manière de ne pas ranger les baguettes). Entre Ringo. Voilà les quatre fantastiques soudés. Le missile est dans le pas de tir, et McCartney s’en fait le témoin.

© 1963-1964 Paul McCartney sous licence
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En 1963, une tournée monstre les emmène du Royaume-Uni à la Suède, puis à Paris, où ils s’installent à l’hôtel George V. Portés par leurs premiers tubes – She Loves You, From Me to You –, les quatre de Liverpool suscitent une véritable hystérie collective, rendant leurs concerts quasi inaudibles sous les vivats et les pâmoisons. Le 9 février 1964, ils font un passage particulièrement remarqué dans le Ed Sullivan Show, devant près de soixante treize millions de téléspectateurs, un record. C’est lors de cette période bénie que les intouchables apprennent qu’un de leurs titres, I Want to Hold Your Hand, est devenu numéro 1 aux États-Unis. Voilà la consécration qu’ils attendaient pour franchir physiquement l’Atlantique, où ils sont attendus comme des messies. De fait, ils ne marchent pas sur l’eau, mais presque. Dans l’objectif de McCartney, enrichi par la photographie couleur récemment démocratisée, George Harrison se fait servir un Coca-Cola par une femme sans visage au bikini jaune canari qui n’aurait pas rendu aussi bien en noir et blanc. Quand ils posent pour un quadruple portrait, les quatre sourires alignés à la verticale, on pense davantage aux frères Dalton.

Photographes à Central Park.
New York, février 1964
© 1964 Paul McCartney sous licence
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Ces clichés sur le vif ont le parfum du vrai. Ils capturent l’ambiance d’un moment où leur auteur sait avoir de l’or entre les doigts : on raconte que pendant ces deux années si cruciales, Lennon et McCartney créaient pour ainsi dire constamment, dans le bus, dans l’avion, entre deux concerts. Paul McCartney a néanmoins trouvé le temps d’immortaliser ces moments suspendus, comme un sourire craquant de Ringo Starr. Les fans en auront pour leur argent – à la hauteur de l’événement improbable qu’est la redécouverte de photographies inédites du groupe, surtout d’une période si riche. Et pour tous les autres, simples curieux, le mystère demeurera, format 35 mm : le génie en pleine éclosion est-il visible à l’œil nu ?
Exposition Paul McCartney photographe, 1963-64 : Eyes of the Storm, musée Granet, Aix-en-Provence, jusqu’au 3 janvier 2027.

© 1964 Paul McCartney sous licence
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Miami Beach, février 1964
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de la Sixième Avenue, février 1964
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