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Retour vers la BRAFA

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Une fois encore, la saison hivernale voit la capitale belge et européenne se préparer à accueillir la crème des marchands d’art européens, pour la première des grandes manifestations internationales de l’année. Appuyée sur une sélection rigoureuse des exposants, la Brussels Antiques & Fine Arts Fair voit en effet son importance croître d’année en année, et les amateurs, fortunés ou non, se presser de plus en plus nombreux à ses portes, au point de créer quelques embouteillages, les soirs de vernissage !

L’ancienne Foire des Antiquaires de Bruxelles reste toutefois à taille humaine, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, car les immenses bâtiments de Tour & Taxis, qui l’abritent de leurs vénérables murs de pierres blanches et de briques rouges, pourraient facilement en contenir trois ou quatre fois plus. Pour qui a déjà passé trois jours à user ses chaussures et son moral dans les interminables dédales de Art Basel, c’est un bon point, inutile de le nier.

La Brafa met également un point d’honneur à accueillir ses visiteurs dans la grande tradition gastronomique belge, et pour qui a déjà martyrisé son estomac avec les douteuses préparations culinaires proposées dans les gargotes de la néerlandaise Tefaf, c’est un second bon point, tout aussi indéniable que le premier.

Cela étant posé, et pour ne pas être accusé d’être par trop terre-à-terre, il faut bien dire que la qualité des pièces reste le principal atout de la foire bruxelloise, celui qui lui a permis, ces dernières années, de se hisser parmi les foires de références en Europe. Bien que nettement bénéficiaire ces dernières années, la Brafa n’a pas de vocation lucrative, et cette liberté se ressent non seulement dans le choix des exposants triés sur le volet, mais aussi dans la variété des objets présentés. On trouve de tout à la Brafa: de l’art précolombien aux autographes, des cartes anciennes aux arts décoratifs du XX e, du mobilier XVII e -XVIII e et de l’archéologie grecque, romaine ou égyptienne. Des tableaux de maîtres anciens voisinent avec des masques africains, une statuette de Bactriane âgée de quatre mille ans côtoie des objets surréalistes, des toiles abstraites ou des planches originales de Hergé ou Loustal… C’est une caverne d’Ali-Baba, et si le passionné monomaniaque pourra se précipiter comme un oiseau de proie sur les stands présentant les objets de son désir, le plus heureux sera sans nul doute le promeneur solitaire qui passera une journée à déambuler et se laissera guider par les nombreuses découvertes de cette foire atypique.

Bien que la Foire des Antiquaires à proprement parler souffle ses cinquante-huit bougies cette année, cette édition est également une sorte de dixième anniversaire puisque voilà une décennie que la Brafa a emménagé dans ses nouveaux quartiers de Tour & Taxis et commencé à prendre une envergure véritablement internationale. L’une des particularités de cette foire a toujours été l’attention portée à la scénographie, réalisée par un cabinet d’architecture selon un thème différent chaque année. On nous promet cette année quelques surprises, dont une porte monumentale dans le style byzantin et des tapis aux motifs élaborés spécialement pour l’occasion par l’artiste Julien Colombier, dont on devine déjà la profusion ornementale.

Si la primeur des découvertes restera bien sûr l’apanage des visiteurs au mois de janvier, certaines galeries ont néanmoins choisi de lever le voile sur quelques highlights. Outre la splendide statuette de Bactriane déjà citée et dont on gage qu’elle sera la vedette chez Phoenix Ancient Art, la galerie bruxelloise Dartevelle & Co offrira aux regards une extraordinaire déesse en terre cuite, façonnée entre le XIIIe et le XVe siècle par un artisan de la civilisation du delta intérieur du Niger et parfaitement conservée. Les amateurs d’art africain trouveront également chez Jacques Germain ou Serge Shoffel deux masques de toute beauté, l’un provenant du Gabon et l’autre de Côte d’Ivoire. Le premier, une tête de femme plutôt réaliste, se distingue par la finesse de son travail et l’élaboration de la coiffe. C’est, littéralement, l’image d’une beauté sculpturale. Le second, masculin et d’apparence guerrière, se caractérise par une tendance marquée à l’abstraction, avec des parties saillantes très dessinées qui augmentent son expressivité et révèlent le degré de maîtrise des sculpteurs Bété qui le firent émerger il y a deux siècles d’un morceau de bois sombre.

Offrant une transition idéale entre l’art africain et la peinture, une toile tardive de Jean-Michel Basquiat, dont l’héritage africain traverse toute l’œuvre, est présentée chez Guy Pieters. Dans son dépouillement, cette tête à la fois hilare et inquiétante préfigure les tout derniers travaux du peintre new-yorkais, où rôde la mort qui l’emportera d’une overdose en 1988. Les amateurs d’une peinture plus sereine, mais point trop éloignée des références aux arts primitifs, trouveront chez Hélène Bailly un rare Picabia, peint en 1936 dans le Sud de la France où l’artiste s’était installé onze ans plus tôt. Le jeu savant des différents plans, dans cette toile intitulée Cannes, révèle le degré de maîtrise atteint par le peintre dans ce travail sur la transparence amorcé en 1928.

On pourra terminer ce voyage pictural chez Klaas Muller, où un Christ aux épines, stoïque sous les sévices infligés par trois entrepreneurs en torture usant résolument des grands moyens, offrira un exemple typique de peinture allemande du XVe avec sa perspective encore imparfaite, ses drapés aux plis profonds et anguleux et son fond doré brillant des derniers feux du style gothique.

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