CONNAISSEZ-VOUS CZERNOWITZ ?

Cette ville, peut-être en avez-vous entendu parler sous d’autres noms: Tchernovtsy, ou Cernâuti. Cette incertitude toponymique résume son destin. Elle a été tour à tour austrohongroise (Czernowitz), soviétique (Tchernovtsy), roumaine (Cernâuti). Elle fait partie aujourd’hui de l’Ukraine. Si on la connaît, c’est surtout parce qu’elle a été une capitale de la culture littéraire en langue allemande. Jusqu’à la dernière guerre, la moitié de la population était juive. Paul Celan, qui est peut-être le plus grand poète de langue allemande du XXe siècle, était un Juif roumain, né à Czernowitz, comme Gregor von Rezzori, lequel a décrit, dans son roman Eine Hermelin in Tschernopol, donnant un nouveau nom mythique à sa ville natale, le déclin de l’empire habsbourgeois.Aujourd’hui, dans cette grande cité miraculeusement épargnée par la guerre (seule la synagogue a été incendiée par les nazis), tout nous parle de cet empire. Le second miracle, c’est qu’elle reste ignorée des touristes, échappant ainsi à la mondialisation et à la banalisation qui ont défiguré, ruiné Vienne, Prague, Budapest. Czernowitz se trouve dans l’Ukraine du sud, près de l’actuelle frontière roumaine. Si on arrive par le train, on est sidéré par la gare, une splendide construction dont les coupoles et les halls de verre rappellent Vienne. On gagne la ville par un tramway qui remonte la grand-rue en forte pente, et là, on en croit à peine ses yeux. Celui qui a la nostalgie de l’Europe centrale, de l’époque des StefanZweig, des Joseph Roth, des Schönberg, des Freud, de ce monde extraordinaire de...

Cette ville, peut-être en avez-vous entendu parler sous d’autres noms: Tchernovtsy, ou Cernâuti. Cette incertitude toponymique résume son destin. Elle a été tour à tour austrohongroise (Czernowitz), soviétique (Tchernovtsy), roumaine (Cernâuti). Elle fait partie aujourd’hui de l’Ukraine. Si on la connaît, c’est surtout parce qu’elle a été une capitale de la culture littéraire en langue allemande. Jusqu’à la dernière guerre, la moitié de la population était juive. Paul Celan, qui est peut-être le plus grand poète de langue allemande du XXe siècle, était un Juif roumain, né à Czernowitz, comme Gregor von Rezzori, lequel a décrit, dans son roman Eine Hermelin in Tschernopol, donnant un nouveau nom mythique à sa ville natale, le déclin de l’empire habsbourgeois.Aujourd’hui, dans cette grande cité miraculeusement épargnée par la guerre (seule la synagogue a été incendiée par les nazis), tout nous parle de cet empire. Le second miracle, c’est qu’elle reste ignorée des touristes, échappant ainsi à la mondialisation et à la banalisation qui ont défiguré, ruiné Vienne, Prague, Budapest. Czernowitz se trouve dans l’Ukraine du sud, près de l’actuelle frontière roumaine. Si on arrive par le train, on est sidéré par la gare, une splendide construction dont les coupoles et les halls de verre rappellent Vienne. On gagne la ville par un tramway qui remonte la grand-rue en forte pente, et là, on en croit à peine ses yeux. Celui qui a la nostalgie de l’Europe centrale, de l’époque des StefanZweig, des Joseph Roth, des Schönberg, des Freud, de ce monde extraordinaire de grands esprits et d’artistes de premier plan, trouvera à Czernowitz un décor qu’il croyait à jamais disparu. Ce ne sont qu’immeubles cossus superbement décorés, hôtels opulents, banques impériales. Théâtre, hôtel de ville, cathédrale roumaine à coupoles, église néogothique, Maison de l’Allemagne à pignons, Maison de la culture juive, résidence mauresque et byzantine du métropolite orthodoxe, tout se côtoie et s’harmonise. La colonie juive a disparu, éliminée par les Roumains sur l’ordre des Allemands. L’ancien cimetière hébraïque subsiste, admirable, avec des centaines de stèles ornées d’inscriptions. Sur le coup de midi, chaque jour, un homme en costume monte en haut du beffroi et sonne l’heure en soufflant dans une trompe. Une foule presque élégante (les jeunes femmes bien mieux habillées et soignées qu’en Occident !) déambule dans la rue piétonnière bordée de cafés et de restaurants. La pauvreté assez largement répandue en Ukraine semble absente ici. Les magasins regorgent de produits. Comme la ville a été en grande partie construite ou renouvelée à la fin du XIXe siècle, quand l’empire austrohongrois était à son apogée, le style Sécession, mélange d’Art nouveau et Art déco, donne un cachet uniforme aux bâtiments. L’ensemble compose un décor non seulement magnifique mais encore parfaitement homogène. Cette ville surgissant saine et sauve d’un monde évanoui semble un mirage entrevu dans un rêve.

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Dominique Fernandez

Élève de l’École normale supérieure, agrégé d’italien en 1955, Dominique Fernandez devient en 1957 professeur à l’Institut français de Naples. En 1968, il soutient sa thèse sur L’Échec de Pavese, et devient docteur ès lettres. Il partage son temps entre son travail d’enseignant, l’écriture de ses livres et la rédaction de ses articles pour la Quinzaine littéraire, L’Express, le Nouvel Observateur ou Artpassions. Il reçoit le Prix Médicis en 1974, pour Porporino ou les Mystères de Naples, histoire d’un castrat dans l’Italie du XVIIIe siècle. En 1982, son roman fondé sur la vie de Pasolini, Dans la main de l’ange est couronné du Prix Goncourt. À 77 ans, Dominique Fernandez a été élu à l’Académie française le 8 mars 2007, au siège laissé vacant par le décès du professeur Jean Bernard, et reçu sous la Coupole le 13 décembre 2007 par Pierre-Jean Rémy. Grand voyageur, spécialiste de l’art baroque et de la culture italienne, Dominique Fernandez a ramené de ses nombreux voyages en Italie, en Bohême, au Portugal, en Russie, en Syrie, au Brésil ou en Bolivie des récits illustrés . Il est fils du diplomate et critique d’origine mexicaine Ramon Fernandez, à qui il consacre en 2009 un livre, Ramon, et de Liliane Chomette, normalienne, professeur de lettres.

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