Émilienne Farny

slider-03
Émilienne Farny nous a quittés il y a neuf ans. Figure majeure de la peinture romande, elle pratiquait une forme de figuration dérivant du pop art américain. Le Musée d’art de Pully lui rend hommage par une exposition rétrospective offrant un vaste panorama de son œuvre jusqu’ici jamais réuni. À voir jusqu’au 3 décembre 2023. Né après la Seconde Guerre mondiale en Angleterre, le pop art s’étend rapidement aux États-Unis, dont la société est fortement influencée par l’essor du consumérisme qui envahit peu à peu tous les espaces du quotidien. Sujets et matériaux empruntés à la culture populaire – partout, l’arrivée de la voiture, symbole de liberté individuelle, et puis la télévision, la publicité, le cinéma, les magazines, tous les médias contribuent à offrir une nouvelle culture visuelle – donnent naissance à des œuvres qui comptent aujourd’hui parmi les plus connues de l’histoire de l’art. Qui ne connaît pas les boîtes de soupe d’Andy Warhol, les portraits tirés de cases de bande dessinée de Roy Lichtenstein ou les nus féminins de Tom Wesselmann? Courant artistique majeur qui souhaitait en finir avec l’expressionnisme abstrait, le pop art américain s’est imposé dans les années soixante, puis au-delà de l’Amérique du Nord, à l’international, dans les années soixante-dix. On observe notamment son arrivée en Italie où il participe au renouvellement de l’art et du design. Et également en Suisse où l’art est jusqu’alors empreint de l’abstraction géométrique et du minimalisme de Max Bill. Qui connaît aujourd’hui les peintures de la Suissesse Émilienne Farny...

Émilienne Farny nous a quittés il y a neuf ans. Figure majeure de la peinture romande, elle pratiquait une forme de figuration dérivant du pop art américain. Le Musée d’art de Pully lui rend hommage par une exposition rétrospective offrant un vaste panorama de son œuvre jusqu’ici jamais réuni. À voir jusqu’au 3 décembre 2023.

Né après la Seconde Guerre mondiale en Angleterre, le pop art s’étend rapidement aux États-Unis, dont la société est fortement influencée par l’essor du consumérisme qui envahit peu à peu tous les espaces du quotidien. Sujets et matériaux empruntés à la culture populaire – partout, l’arrivée de la voiture, symbole de liberté individuelle, et puis la télévision, la publicité, le cinéma, les magazines, tous les médias contribuent à offrir une nouvelle culture visuelle – donnent naissance à des œuvres qui comptent aujourd’hui parmi les plus connues de l’histoire de l’art. Qui ne connaît pas les boîtes de soupe d’Andy Warhol, les portraits tirés de cases de bande dessinée de Roy Lichtenstein ou les nus féminins de Tom Wesselmann? Courant artistique majeur qui souhaitait en finir avec l’expressionnisme abstrait, le pop art américain s’est imposé dans les années soixante, puis au-delà de l’Amérique du Nord, à l’international, dans les années soixante-dix. On observe notamment son arrivée en Italie où il participe au renouvellement de l’art et du design. Et également en Suisse où l’art est jusqu’alors empreint de l’abstraction géométrique et du minimalisme de Max Bill. Qui connaît aujourd’hui les peintures de la Suissesse Émilienne Farny ? Sous des airs «faciles», le pop art se montre pourtant provocateur et critique et cherche à désacraliser l’œuvre d’art en la rendant accessible au plus grand nombre. Souvent, les artistes se sont emparés de moyens de production réservés à l’industrie comme la sérigraphie ou la peinture acrylique. C’est avec cette dernière que la Neuchâteloise Émilienne Farny s’exprime dès 1962 alors qu’elle arrive à Paris, dans des années où Niki de Saint Phalle trouve aussi la volonté de se lancer complètement dans l’aventure artistique quand bien même elle, rattachée au Nouveau Réalisme, préfé – rerait les accumulations d’objets en plastique à la peinture. «C’est encore un tout petit monde pour les femmes et elles sont à couteaux tirés les unes avec les autres. À l’époque, les galeries ne prenaient pas plus, disons, que deux femmes, c’était un sys – tème de quotas», résumait brutalement l’Améri – caine Joan Mitchell expatriée en France dans les mêmes années. Son diplôme de l’École cantonale des beaux-arts de Lausanne en poche, c’est dans la capitale fran – çaise qu’Émilienne Farny découvre les figures de proue du pop art et qu’elle se met à peindre la ré – alité qui l’entoure avec un sens aigu de l’observa – tion: rues, immeubles, panneaux de signalétiques, les codes urbains et les mutations de la ville sont les protagonistes de ses aplats hauts en couleurs, éléments stylistiques qui constituent l’une des particularités formelles du mouvement américain. Durant dix ans, elle arpente la mégapole, et non sans ambiguïté, critique et loue en même temps la société de consommation qui l’inspire avant de revenir en Suisse, à Lausanne, en 1972. Ce qui la range aux côtés des quelques Vaudois qui se sont adonnés à cet art populaire, comme Jean Lecoultre et Jean-Claude Schauenberg. « Si vous voulez tout savoir d’Andy Warhol, ne re – gardez que la surface: celle de mes peintures, de mes films et la mienne, et me voilà. Il n’y a rien derrière», expliquait ce dernier dans un entretien avec Gretchen Berg en 1967. Dans sa quête du ba – nal observé dans la vie de tous les jours, Émilienne Farny développe un travail dans lequel elle met sur le même plan tous les objets qui sont aussi tous les sujets, où une seule dimension se confond avec la surface, sans hiérarchie séparant le motif du fond. De retour sur le sol suisse, l’artiste vaudoise met le monde idéal helvète en forme pour mieux le gloser dans une série intitulée «Le Bonheur suisse »: des villas dans des écrins de verdure taillés au couteau, des champs bien entretenus, une nature domesti – quée, quadrillée. «Ce monde clos sur lui-même, propriété privée abritée des regards, semble être ha – bité de fantômes dépourvus d’individualité», ex – plique Véronique Mauron. En d’autres termes, Émilienne Farny dresse des décors où règne une solitude qui n’est de loin pas toujours enviable, de celle qui survient dans un mode de vie très voire trop formaté. Les villas cossues et les paysages aseptisés de son pays natal, les rives bétonnées du lac Léman sont autant d’environnements qui font écho aux descriptions cliniques du milieu social raconté par Fritz Angst, alias Fritz Zorn, dans Mars (1977): «Je suis jeune, riche et cultivé; et je suis malheureux, névrosé et seul. Je descends d’une des meilleures familles de la rive droite du lac de Zurich, qu’on appelle aussi la rive dorée. J’ai eu une éducation bourgeoise et j’ai été sage toute ma vie.» Ainsi commence son autobiographie au milieu du XXe siècle en Suisse alémanique où se mêlent l’hypocrisie bourgeoise, le puritanisme sexuel, la morale chrétienne et la respectabilité helvétique. «La peinture, avait confié Émilienne Farny avant de venir à son exposition à la Fondation Gianadda à Martigny en 2013, ça me sauve la vie. Ça me sauve de la vie atrocement compliquée. On vit une époque terrible. Il y a quelque chose de pesant, d’oppressant, non»? Émilienne Farny avait donc fait le choix de la résistance par l’art. Après la ville de Paris, le bonheur en Suisse, viennent les « Regards», série entamée en 1996 dans laquelle les personnages se cachent derrière des lunettes noires. Son travail s’organise ainsi par thématique: les «Paysages après meurtre» dès 1985, l’«Extase» ensuite, puis dès les années quatre-vingtdix les «Parkings», les «Garçons», les «Vernissages», l’«Atelier», les «Nus», les «Murs», les «Fenêtres sur cour», le «Béton» et enfin dans les années deux mille les «Chantiers» et le «Graffiti». C’est en s’appuyant sur une documentation photographique que ses peintures prennent forme et aboutissent dans un style caractérisé par une technique parfaitement lisse. «Ce que je peins, c’est aujourd’hui: des graffiti avec des gens qui passent, des personnages de dos qui déambulent au bord d’un lac ou assis sur des bancs, des parkings, des vernissages, etc. Je n’explique pas le monde, je le peins avec sa folie, sa tendresse, son désarroi, et sa solitude surtout. Dans toute sa beauté aussi, celle qui niche partout pour qui sait la débusquer. Je n’ai aucun message à transmettre sinon un instant d’éternité volé au quotidien», expliquait-elle à propos de son œuvre qui regarde aussi du côté du peintre britannique David Hockney

Artpassions Articles

E-Shop

Nos Blogs

Instagram Feed