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Portrait de Caracalla

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Rien n’exprime mieux le génie des Romains que l’art du portrait. La tête présentée ici en avant-première, avant la prochaine Biennale des Antiquaires de Paris, les résume tous par sa force expressive que les siècles n’ont pas atténuée.
Détachée d’une statue ou d’un buste, la tête est grandeur nature. C’est celle d’un hommedans la force de l’âge, au visage carré, dont la structure osseuse transparaît sous la peau. Les yeux en amande sont plutôt petits (pupille gravée, iris creusé, en forme de lunule). Le nez est court et large. La bouche étroite avec des lèvres épaisses. Le menton fort, marqué d’une fossette. Ce qui frappe, c’est l’expression butée, dure, voire féroce, accentuée par le froncement des sourcils en oblique, et le pli profond situé à la racine du nez, qu’on prendrait pour une balafre.La coiffure est courte et bouclée, comme celle d’un athlète ou d’un gladiateur. La barbe, bouclée elle aussi, n’a pas d’épaisseur. Elle se combine avec une fine moustache, rendue par des incisions semblables à celles des sourcils.Ce portrait fait immédiatement penser aux effigies monétaires de Caracalla et, même s’il s’en éloigne sur quelques points, au niveau du traitement et la tête vue de face regardant droit devant, sa typologie correspond auschéma du type dit «alleinherrschertypus» du classement reconnu des images de Caracalla: ce modèle créé en 212, après son accession au pouvoir, fut diffusé dans tout l’empire jusqu’à la fin du règne du «princeps». C’est donc bien de cet empereur qu’il reproduit les traits caractéristiques. D’ailleurs, la très haute qualité d’exécution milite en faveur de cet attribution.Caracalla compte parmi les empereurs dont le nom résonne encore à nos oreilles. Ses parents étaient Septime Sévère, originaire de Tripolitaine (Libye) et Julia Domna, fille du grand prêtre de Baal à Emèse (Syrie). Il est né le 4 avril 188 à Lyon, où son père résida durant une année pour mettre de l’ordre dans la province. A l’âge de huit ans, quand il est théoriquement associé au pouvoir, son nom de Septimius Bassianus se voit remplacé par celui de Marcus Aurelius Antoninus. Mais, pour la postérité, il sera Caracalla, sobriquet donné par les soldats, d’après le terme désignant le manteau gaulois à capuchon qu’il aimait porter dans les camps. Petit, malingre, mais intelligent et cultivé, il a pour modèle Alexandre le Grand, qu’il rêve de surpasser.

Le 4 février 211, il succède à son père et son premier soin est d’exécuter le projet qu’il mûrissait depuis longtemps, éliminer physiquement son frère cadet Géta, ainsi que ses partisans, au nombre de 20.000 selon Dion Cassius. Son règne est occupé par la défense des frontières, la réforme de l’administration et des finances. Le fait marquant étant la promulgation d’un édit, en 212, qui porte son nom: le titre de citoyen romain accordé à tous les habitants de l’Empire, lesquels restent cependant soumis aux obligations de leur cité d’origine. Dans le même souci de cohésion sociale et politique, il fait dresser le catalogue des grandes routes qui, à partir de Rome, sillonnent toutes les terres qui lui sont soumises (Itinerarium Antoni Augusti).Caracalla se veut le plus pieux des hommes, protecteur des dieux traditionnels mais se montre aussi, sous l’influence de sa mère, favorable aux cultes orientaux.Le trait le plus remarquable de sa personnalité, à mes yeux, est sa fascination pour l’Egypte, qu’il visite en 216. À Alexandrie, il se recueille devant le tombeau d’Alexandre, comme l’avait fait avant lui Octave-Auguste. Mais la population frondeuse le tourne en ridicule: comment ose-t-il, lui qui est si petit, se mesurer à de tels hommes ? Cependant l’égyptomanie de Caracalla prit toute sa dimension dans l’édification à Rome, sur la colline de Quirinal, d’un temple consacré à Sérapis. Un temple colossal (135 x 98 m), d’un luxe inouï, qui écrasait de sa masse et semblait défier celui de Jupiter, situé juste en face, sur le Capitole. Goût du gigantisme poussé à l’extrême, qu’on retrouve dans les bains publics ou thermes qu’il fit élever, à partir de 212, sur la via Appia. Couvrant 11 hectares, l’établissement pouvait accueillir 1600 baigneurs à la fois !

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