Une révélation : la poterie des Iapyges dans un beau livre chez Slatkine

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1. Tête zoomorphe, peut-être celle d’une chauve- souris (détail d’une olla )

Une révélation : la poterie des Iapyges

Jacques Chamay

 

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1. Tête zoomorphe, peut-être celle d’une chauve- souris (détail d’une olla )

Dans l’Antiquité, l’Apulie, aujourd’hui les Pouilles, était habitée par trois peuples, les Dauniens, les Peucètes et les Messapiens. Avec les colons grecs établis sur la côte, ils entretenaient des relations souvent conflictuelles. En 473 av. J.-C., une grande bataille les opposa, qui tourna à l’avantage des indigènes. Jamais, selon les historiens antiques, on avait vu autant de sang versé par les Grecs sur un champ de bataille !

Ces peuples indigènes, réunis sous le nom de Iapyges, ignoraient l’écriture. Les traces matérielles qu’ils ont laissées se limitent à des stèles funéraires gravées et à une poterie en terre cuite peinte, destinée à la tombe.

Comparée à celle des colons Grecs, que les Iapyges ont bien connue, leur poterie se distingue  par la forme et le décor. Sa production culmine entre 550 et 400 av. J.-C.

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3. Sorte de gourde (askos) munie d’un bec verseur pourvu d’un filtre

Le vase le plus caractéristique est l’olla, sorte de cratère à col en entonnoir, portant sur les flancs des têtes modelées à part et rapportées. On ne sait pas ce que représentent ces têtes zoomorphes, peut-être des chauves- souris, dont on sait qu’elles pullulaient dans la région. L’autre particularité de la poterie iapyge est la forme cornue des anses, inconnue dans la céramique grecque. En outre, contrairement à celle-ci, ladite poterie accorde très peu de place à la représentation humaine.

Les potiers Iapyges ne se limitaient pas aux vases. Ils ont aussi façonné des figurines, qui représentent non pas des divinités, mais des femmes ordinaires, dans leurs plus beaux atours.

D’une manière générale, cette poterie trahit une relation étroite avec la nature et une conception du monde bien différente de celle des Grecs. Vers la fin du millénaire, quand les Romains eurent établi leur domination sur l’Apulie toute entière, les Iapyges s’assimilèrent  totalement, en ce sens qu’ils adoptèrent les institutions, la langue et, d’une manière générale, la civilisation des nouveaux-venus.

4. Figurine : femme iapyge parée de ses bijoux

Une collection privée de Genève offre un panorama complet de la céramique des Iapyges, laquelle reste peu connue, même des spécialistes de l’archéologie. Un livre d’art lui est consacré.

Le lecteur se rendra compte que si la céramique en question s’écarte de la tradition classique, comme le titre de l’ouvrage le laisse entendre, elle s’accorde bien en revanche avec la sensibilité contemporaine, ce dont témoigne Sydney Picasso dans sa préface.

 

 

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5. Cratère (Olla) à décor d’oiseaux et de fleurs de lotus (détail de la panse)

 

Outside Classical Antiquity. Mystery and Creativity in Native Apulian Pottery. First Millennium. Collection Denise Elfen-Laniado. Hellas & Roma XX. Editions Slatkine 2022