Venise, architectures , Kengo Kuma

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La 18e édition de la Biennale d’architecture a lieu à Venise jusqu’à fin novembre. Si la grande exposition de l’Arsenal et les pavillons déçoivent quelque peu, une rétrospective consacrée au Japonais Kengo Kuma permet de découvrir la carrière d’un des grands architectes de notre temps. Le cru 2023 de la Biennale d’architec-ture de Venise, qui a débuté au mois de mai, ne comptera pas parmi les plus mé-morables… Comme souvent lors des Biennales vénitiennes - qu’elles soient d’art ou d’architecture – le salut vient des nombreuses ma-nifestations et expositions organisées dans la Cité des Doges en marge de l’évènement principal, par les innombrables musées, fondations et autres galeries qui louent des espaces pour l’occasion. L’une des expositions les plus intéressantes est celle proposée par le Palazzo Franchetti, fantastique de-meure néogothique de Giorgio Franchetti - celui - là même qui restaura la Ca’ d’Oro et fit don de ses collections à la ville de Venise. Cette rétrospec-tive est dédiée à l’un des architectes les plus origi-naux d’aujourd’hui : Kengo Kuma, né en 1954, à Yokohama. Ici pas d’installations artistico-conceptuelles cen-sées illustrer de vagues idées plus ou moins liées à l’architecture. Non, simplement des maquettes des bâtiments construits par l’architecte à travers le monde, des photographies des édifices pour que le spectateur voit le résultat final et des textes explicatifs, le tout porté par une scénographie discrète. L’exposition s’organise non pas chronologiquement mais thematiquement selon un principe original choisi par l’architecte pour expliquer les grands principes de son oeuvre au public :...

La 18e édition de la Biennale d’architecture a lieu à Venise jusqu’à fin novembre. Si la grande exposition de l’Arsenal et les pavillons déçoivent quelque peu, une rétrospective consacrée au Japonais Kengo Kuma permet de découvrir la carrière d’un des grands architectes de notre temps.

Le cru 2023 de la Biennale d’architec-ture de Venise, qui a débuté au mois de mai, ne comptera pas parmi les plus mé-morables… Comme souvent lors des Biennales vénitiennes – qu’elles soient d’art ou d’architecture – le salut vient des nombreuses ma-nifestations et expositions organisées dans la Cité des Doges en marge de l’évènement principal, par les innombrables musées, fondations et autres galeries qui louent des espaces pour l’occasion. L’une des expositions les plus intéressantes est celle proposée par le Palazzo Franchetti, fantastique de-meure néogothique de Giorgio Franchetti – celui – là même qui restaura la Ca’ d’Oro et fit don de ses collections à la ville de Venise. Cette rétrospec-tive est dédiée à l’un des architectes les plus origi-naux d’aujourd’hui : Kengo Kuma, né en 1954, à Yokohama.

Ici pas d’installations artistico-conceptuelles cen-sées illustrer de vagues idées plus ou moins liées à l’architecture. Non, simplement des maquettes des bâtiments construits par l’architecte à travers le monde, des photographies des édifices pour que le spectateur voit le résultat final et des textes explicatifs, le tout porté par une scénographie discrète.

L’exposition s’organise non pas chronologiquement mais thematiquement selon un principe original choisi par l’architecte pour expliquer les grands principes de son oeuvre au public : l’onomatopee – soit des mots qui evoquent par le son la chose denommee. Les treize sections de l’exposition correspondent a treize mots japonais onomatopeiques qui illustrent autant de principes de la pratique architecturale Kuma. Cela va de ≪ para para ≫ qui signifie ≪ plein et vide ≫ a ≪ zure zure ≫, qui peut se traduire par ≪ instabilite, flexibilite ≫, en passant par ≪ tsun tsun ≫, qui designe le couple ≪ pression, explosion ≫. Pour Kuma, ces sons evoquent la materialite de son architecture autant qu’ils expliquent ses preceptes. Ils donnent une forme a une sensation physique. En tout, vingt-deux maquettes des batiments les plus iconiques de l’architecte sont exposees, illustrant une approche tres particuliere de l’art d’edifier.

On peut definir Kuma comme un tenant de la delicatesse et presque de la modestie, tant il semble aimer projeter des batiments a taille humaine. Bien qu’il lui soit arrive de repondre a de grandes commandes publiques, – le stade olympique de Tokyo par exemple –, il parvient a leur donner une dimension humaine, notamment grace a l’usage de materiaux simples comme le bois et par l’adoption de principes comme celui de la ≪ parcellisation ≫.

La ≪ parcellisation ≫ est l’une des idees phares de l’architecte : Kuma preconise des materiaux dont une des proprietes est d’etre aisement fragmentables ce qui permet, d’apres lui, de rapprocher l’architecture de l’homme et l’edifice de celui qui l’habite ou le frequente. D’ou sa passion pour le bois. Ses facades sont ainsi le plus souvent composees de nombreux elements – des parcelles – qui reduisent a taille humaine l’echelle d’appreciation de lensemble. C’est l’oppose du gigantisme des surfaces planes des gratte-ciel ou autres immenses edifices modernes que l’on voit partout. Cette theorie provient d’un parallele avec la nature : le batiment est rapproche de l’arbre, qui peut mesurer plusieurs dizaines de metres mais est toujours compose d’une infinite de parcelles, les branches se divisant en rameaux eux-memes recouverts de milliers de feuilles.

La vision de l’architecture de Kuma est egalement tres englobante – elle fait partie d’un tout, selon un principe de correspondances sensorielles : quand il concoit ses batiments, l’architecte affirme penser a la vue mais egalement a l’odorat et au toucher.

Cette approche delicate rime avec une recherche esthetique, celle du raffinement dans la simplicite.

Une vision propre a une certaine ecole japonaise d’architecture – a Venise meme, pensons a la restructuration minimaliste et respectueuse de Tadao Ando a la Douane de mer. Mais la ou Ando aime le beton, les materiaux phares de Kuma sont ceux qu’on peut modeler avec finesse et adapter a cette parcellisation qu’il cherit tant : il s’agit du bois, du papier et du metal, en opposition avec le beton et le verre, omnipresents dans l’architecture contemporaine.

Le bois et le papier lui permettent notamment de jouer avec celle qui constitue la premiere onomatopee de l’exposition, ≪ para para ≫, qui reunit sous un vocable identique deux dimensions souvent opposees : le plein et le vide. ≪ Para para ≫ c’est cette dimension ou la perception n’est jamais univoque, ce n’est pas une surface solide et continue mais un ensemble de parcelles qui composent une forme ou s’alternent vides et pleins. Le meilleur exemple est le tres artistique Yusuhara Wooden Bridge Museum, inaugure en 2011. Il s’agit d’un pont compose de dizaines de sections en bois de 180 par 300 centimetres, imbriquees les unes aux autres. Une architecture fondee sur la repetition d’un module, agence de maniere a creer une structure aerienne, legere, ou la lumiere met en relief le volume en s’engouffrant dans les interstices. Le pont a une forme evasee, se developpant a partir d’un unique pilier central, et s’elargissant comme un arbre qui s’elance vers les cimes ou une montagne a l’envers, repondant en miroir au paysage environnant. Une structure a la fois fragile et puissante.

Autre section : ≪ Sara sara ≫, qui illustre, elle, les concepts de fluidite et de douceur. La fluidite se constate des les plans des batiments de Kuma, ou exterieur et interieur s’interpenetrent harmonieusement, comme dans les maisons traditionnelles japonaises. Celles-ci sont composees de diaphragmes coulissants qui permettent de créer differentes configurations et de gerer la temperature interieure en fonction des saisons. Un exemple celebre est la Villa imperiale de Katsura, pres de Kyoto. Reinterprete par Kengo Kuma, cela donne le Japanese Garden cultural village a

Portland, dans l’Oregon, un projet de 2018.

L’organisation de l’espace definit une sorte de place protegee, entouree par la foret. Les toits a pente sont recouverts de vegetation ou bien de feuilles metalliques. Les espaces interieurs sont modulables a loisir : ils peuvent s’ouvrir vers l’exterieur a la belle saison ou bien etre compartimentes et fermes en hiver. Quelle que soit la configuration, le batiment n’est jamais separe visuellement de l’environnement exterieur. L’interieur, rythme verticalement par des montants de bois fait bien sur echo aux troncs des arbres de la foret environnante.

Tout en recherchant la simplicite et l’epuration, Kuma n’est pas reticent a un certain effet decoratif qui fait pencher ses batiments vers la categorie de l’oeuvre d’art : souvent, l’interieur de ses edifices est agremente de structures en bois disposees artistiquement (en resilles, en chevrons etc.) et formant des ensembles geometriques qui retiennent l’oeil. Elles n’ont pas toujours de role structurel mais animent l’espace et le remplissent, comme a la Glass Wood House a New Canaan dans le Connecticut.

La Coeda House, sur la cote japonaise de la peninsule d’Izu, est le batiment qui demontre peutetre le mieux l’alliance des differents principes directeurs de la philosophie architecturale de Kuma : de taille tres modeste, c’est une simple maison isolee dans la nature. Fluide et douce, elle est entierement ouverte sur le paysage environnant puisqu’il n’y a aucun mur peripherique, l’exterieur et l’interieur se prolongeant l’un l’autre. Le batiment joue avec l’horizontalite et le plat (qui correspondent a l’onomatopee ≪ suke suke ≫), autre precepte de cet architecte qui a renonce a la verticalite ecrasante des grands buildings. Les pleins et les vides se retrouvent a l’interieur avec la structure portante centrale, composee de l’empilement de multiples sections de bois ouvertes, creant les fameuses parcelles si cheres a l’architecte. En fin de compte, cette maisonnette ressemble presque plus a une sculpture qu’a un batiment utilitaire – il s’agit pourtant bien d’un cafe-restaurant. S’elevant comme un arbre a partir de la structure portante centrale, celle-ci fait plus penser aux oeuvres du sculpteur anglais Antony Gormley qu’a une colonne ou un pilier.

Cette conception a la fois artistique et fonctionnelle de l’architecture, simple et pourtant decorative, ancree dans la tradition, mais resolument contemporaine, fait de Kengo Kuma un heritier de l’art japonais de l’edification autant que le digne descendant de Ludwig Mies van der Rohe et Frank Lloyd Wright.

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