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Jean-Pierre Cassigneul

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Jean-Pierre Cassigneul est un ami de jeunesse, et j’admire sa réussite personnelle, car c’est le seul peintre français contemporain qui a vu augmenter sa cote en vente publique tout au long de sa carrière sans aucun soutien de la part des critiques. Il n’a jamais eu besoin d’être exposé dans les foires pour avoir son public et ses admirateurs. Son cas est absolument unique.

Nous nous connaissons depuis les années soixante, donc bien avant l’époque où j’ai ouvert ma galerie. C’était une période bénie, les mots de crise et de chômage n’existaient pas. La guerre d’Algérie venait de finir et la France connut enfin la paix et une prospérité certaine. On était à l’apogée des Trente Glorieuses et nous n’avions qu’une envie : nous amuser. Et nous nous sommes en effet beaucoup amusés, à Saint-Tropez, à Megève, à Paris.

Jean-Pierre ne jouait jamais au peintre. Il ne fréquentait pas le milieu des artistes. Beaucoup de ses amis ne savaient même pas qu’il peignait, tant étaient grandes sa discrétion et sa modestie. Il a pourtant fait d’excellentes études, comme on n’en fait plus guère aujourd’hui. Aux Beaux-Arts, ses maîtres s’appelaient Jean Souverbie et Roger Chapelain-Midy, deux peintres figuratifs, très cotés à l’époque. Mais il les a bien dépassés : ses toiles se vendent beaucoup plus cher que celles de ses professeurs.

Il a connu des débuts fulgurants. Au sortir des Beaux-Arts, il était soutenu par sa famille et les amis de celle-ci. Ainsi, mes parents lui avaient acheté quelques tableaux. Mais le vrai décollage a eu lieu en 1964, lors d’une exposition à la Galerie Tivay-Faucon. C’est là qu’il a été découvert par Kiyoshi Tamenaga, le grand introducteur de l’art occidental au Japon. Il s’en est suivi une collaboration de plus d’une vingtaine d’années au cours desquelles Cassigneul est devenu un des artistes les plus demandés, voire un véritable label.

Parallèlement, la Galerie Wally Findlay l’a fait connaître aux États-Unis, où le succès n’a pas été moindre. Ce qui n’empêchait pas Cassigneul de continuer à exposer en France. Beaucoup de collectionneurs ont été attentifs à ses travaux, mais pas la critique. Car la critique, depuis la fin de la Seconde Guerre, n’a d’yeux que pour ce qu’elle croit être d’avant-garde. C’est devenu une obsession. On a peur de rater le coche. Aussi, les artistes classiques ne l’intéressent-ils pas, comme c’est le cas de Jean-Pierre Cassigneul. Dans l’Entre-deux-guerres, l’art figuratif était encore défendu dans de nombreuses revues, mais, depuis, le vent a tourné. Il n’est pas impossible qu’il change à nouveau, vu l’intérêt que suscitent les expositions consacrées à la peinture figurative.

On me demandera pourquoi je n’ai jamais moi-même exposé les dessins, les tableaux ou les lithographies de Jean-Pierre Cassigneul. C’est que dès l’ouverture de ma galerie en 1972, rue de l’Université, d’abord, et depuis 1981, rue Bonaparte, je me suis spécialisé dans Dada et le Surréalisme. Une galerie a besoin d’un profil, d’une identité forte. Aussi me suis-je tenu à ces deux groupes d’artistes gravitant autour de Picabia, de Tristan Tzara, de Jean Arp, de Man Ray, de Max Ernst, de Breton, de Bellmer, de Miró, de Matta et de beaucoup d’autres. Et comme il est devenu de plus en plus difficile de trouver des œuvres de qualité de ces artistes, je me suis ouvert aux avant-gardes des années soixante. Mais mon métier de galeriste est une chose, l’amitié que j’éprouve pour Jean-Pierre et l’admiration que m’inspire son oeuvre en est une autre. Les deux vont très bien ensemble.

Marcel Fleiss

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