la 61e Biennale de Venise selon Koyo Kouoh

Koyo Kouoh Photo credit Mirjam Kluka
Koyo Kouoh Photo credit Mirjam Kluka
Le 9 mai 2026, Venise a ouvert sa 61e Biennale d'art. In Minor Keys, conçue par Koyo Kouoh avant sa disparition à Bâle un an plus tôt, ouvre à la lettre selon le projet qu'elle avait fixé. Cent dix artistes invités, cent participations nationales, cinq professionnels qu'elle avait personnellement choisis pour porter sa vision aux Giardini, à l'Arsenale et dans la lagune jusqu'au 22 novembre. Koyo Kouoh credit Mirjam Kluka Une voix curatoriale qui passe au-delà d'elle-même Comment une vision curatoriale se garde-t-elle vivante quand celle qui l'a conçue n'est plus là pour l'incarner ? La 61e Biennale d'art de Venise, ouverte le samedi 9 mai 2026 sous le titre In Minor Keys, propose une réponse rare. Décédée à Bâle le 10 mai 2025, à 57 ans, douze mois exactement avant le vernissage public, Koyo Kouoh n'a pas vu l'exposition sur laquelle elle avait travaillée jusque dans ses dernières semaines de vie. L'institution vénitienne a fait un choix qui interroge directement le mode de fabrication des grandes expositions internationales. Avec le soutien de la famille Kouoh, La Biennale di Venezia a réalisé l'exposition en préservant le cadre conceptuel, la liste des artistes invités et la scénographie que la commissaire avait fixés. Cinq professionnels qu'elle avait personnellement choisis tiennent désormais le projet : Gabe Beckhurst Feijoo, Marie Hélène Pereira et Rasha Salti comme conseillères, Siddhartha Mitter comme rédacteur en chef, Rory Tsapayi comme assistant de recherche. Une équipe que Koyo Kouoh avait nommée elle-même, dans l'hypothèse où elle ne pourrait pas...

Le 9 mai 2026, Venise a ouvert sa 61e Biennale d’art.

In Minor Keys, conçue par Koyo Kouoh avant sa disparition à Bâle un an plus tôt, ouvre à la lettre selon le projet qu’elle avait fixé. Cent dix artistes invités, cent participations nationales, cinq professionnels qu’elle avait personnellement choisis pour porter sa vision aux Giardini, à l’Arsenale et dans la lagune jusqu’au 22 novembre.

Koyo Kouoh credit Mirjam Kluka

Une voix curatoriale qui passe au-delà d’elle-même

Comment une vision curatoriale se garde-t-elle vivante quand celle qui l’a conçue n’est plus là pour l’incarner ? La 61e Biennale d’art de Venise, ouverte le samedi 9 mai 2026 sous le titre In Minor Keys, propose une réponse rare. Décédée à Bâle le 10 mai 2025, à 57 ans, douze mois exactement avant le vernissage public, Koyo Kouoh n’a pas vu l’exposition sur laquelle elle avait travaillée jusque dans ses dernières semaines de vie.

L’institution vénitienne a fait un choix qui interroge directement le mode de fabrication des grandes expositions internationales. Avec le soutien de la famille Kouoh, La Biennale di Venezia a réalisé l’exposition en préservant le cadre conceptuel, la liste des artistes invités et la scénographie que la commissaire avait fixés. Cinq professionnels qu’elle avait personnellement choisis tiennent désormais le projet : Gabe Beckhurst Feijoo, Marie Hélène Pereira et Rasha Salti comme conseillères, Siddhartha Mitter comme rédacteur en chef, Rory Tsapayi comme assistant de recherche. Une équipe que Koyo Kouoh avait nommée elle-même, dans l’hypothèse où elle ne pourrait pas conduire l’exposition jusqu’à son terme.

Un parcours curatorial pensé depuis la Suisse

Koyo Kouoh est née à Douala, au Cameroun, le 24 décembre 1967. Elle quitte le pays à treize ans pour Zurich, où sa famille s’installe. La Suisse accueille son adolescence, ses études, ses premières lectures de l’art. Adulte, elle rejoint Dakar pour fonder en 2008 RAW Material Company, espace de résidence et de critique sur l’art contemporain africain. La voix qu’elle déploie depuis le Sénégal devient rapidement une référence internationale.

En 2019, le Zeitz Museum of Contemporary Art Africa du Cap, ouvert deux ans plus tôt, lui confie sa direction. Pendant six ans, elle y reformule le rapport des publics africains à leur propre patrimoine contemporain. Le 5 décembre 2024, La Biennale di Venezia annonce sa nomination comme directrice artistique de la 61e édition. Elle est la première femme africaine à occuper ce poste, après le commissaire nigérian-américain Okwui Enwezor en 2015. Cinq mois plus tard, elle s’éteint à Bâle.

In Minor Keys, une thèse curatoriale en trois mots

Le titre choisi par Koyo Kouoh ne se traduit pas facilement. In Minor Keys signifie littéralement « en tonalités mineures ». La métaphore est musicale. Elle désigne ce qui n’occupe pas le centre de la scène, ce qui résonne dans les marges, ce qui exige une oreille attentive. Pour la commissaire, l’art contemporain n’a pas vocation à commenter l’actualité dans une litanie épuisée. Il propose une reconnexion avec son habitat naturel : l’émotionnel, le visuel, le sensoriel, l’affectif, le subjectif.

Cette intention se lit dans la sélection des artistes. Cent dix invités, parmi lesquels Pio Abad, Laurie Anderson, Kader Attia, Sammy Baloji, Nick Cave, Carolina Caycedo, Torkwase Dyson, Alfredo Jaar, Nolan Oswald Dennis, Godfried Donkor — des voix qui circulent depuis longtemps dans les pages de magazines indépendants comme le nôtre. Plutôt que la rhétorique spectaculaire, Koyo Kouoh a privilégié la confiance dans les artistes comme interprètes de la condition sociale et psychique, comme catalyseurs de relations nouvelles.

Cent participations nationales et trente-et-un événements collatéraux

La 61e Biennale ne se réduit pas à l’exposition principale. Cent participations nationales investissent les Giardini, l’Arsenale et plusieurs lieux de la ville. Trente-et-un événements collatéraux complètent la traversée. Sept pays participent pour la première fois : la République de Guinée, la Guinée Équatoriale, Nauru, le Qatar, la Sierra Leone, la Somalie et le Vietnam.

Plusieurs pavillons prolongent ouvertement la thèse curatoriale. Le pavillon finlandais, qui célèbre le 70e anniversaire du Pavillon Aalto, accueille Jenna Sutela avec Aeolian Suite, partition pour vents avec orchestre d’enfants ; sans doute la pièce la plus littéralement dans les tonalités mineures de toute la Biennale. Le pavillon bulgare, commissarié par Martina Yordanova et Dessislava Dimova, déploie un laboratoire de recherche fictionnel avec Gery Georgieva, Maria Nalbantova, Rayna Teneva et Veneta Androva. Le pavillon yiddishland, apatride pour sa troisième édition vénitienne, présente The Words That Fit My Mouth. Et le pavillon chypriote accueille Marina Xenofontos avec It Rests to the Bones ; artiste dont Play Life s’ouvre actuellement au MCBA Lausanne.

La Suisse, en filigrane et en pavillon

Pour un lectorat romand, In Minor Keys a une résonance double. D’un côté, la trajectoire de la commissaire a traversé la Suisse pendant trente ans : Zurich où elle a grandi, Bâle où elle s’est éteinte. De l’autre, plusieurs pavillons aux Giardini et à l’Arsenale prolongent la thèse curatoriale principale. Plusieurs artistes que nous accompagnons dans nos pages depuis vingt ans évoluent dans les mêmes réseaux internationaux que ceux convoqués par Koyo Kouoh. Cette dynamique n’est ni régionale ni provinciale : elle compte parmi les moteurs de la scène contemporaine européenne.

La question de la mécanique de transmission

La 61e Biennale pose une question pour les institutions, les fondations et les éditeurs culturels qui auront, eux aussi, à transmettre demain. Comment une signature curatoriale se garde-t-elle vivante quand sa voix première n’est plus là ? La réponse vénitienne tient en trois temps. Les choix conceptuels intacts. L’équipe choisie maintenue. La voix de la commissaire qui, au travers de ses textes, entretiens et notes, circule largement.

Cette mécanique est rare dans le commissariat international, où la signature individuelle prime souvent sur le collectif. Elle propose également une lecture plus ample sur la responsabilité des magazines d’art : retracer, garder en mémoire, remettre sur le devant de la scéne les voix désormais absentes pour parler de leur propre travail.

À Venise jusqu’au 22 novembre

In Minor Keys se déploie aux Giardini, à l’Arsenale et dans la lagune jusqu’au dimanche 22 novembre 2026. Sur place, le silence des salles, le rythme des œuvres, l’attention requise par les tonalités mineures invitatent au regard long. Depuis la Suisse ou la France, la 61e Biennale se lit déjà largement dans la presse internationale, et les écritures qu’elle rassemble entrent en dialogue avec plusieurs des artistes et des thématiques que nous suivons depuis vingt ans.

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