Les œuvres se passent aisément de commentaires ; elles se passent mal de témoins. Rodin, que l’Europe entière célébrait, avouait qu’il lui faudrait parler une année durant pour redire en mots une seule de ses sculptures. Un poète de vingt-sept ans a pris la parole à sa place, et le bronze y a gagné une seconde vie.
À Martigny, ce poète regarde Rodin travailler. À Lausanne, la ménagerie de verre de Pierre Rosenberg vit ses derniers jours sous cloche. À Genève, la Geneva Art Week donne le signal de la rentrée, cinq jours dans toute la ville, et, le premier soir, les Nouveaux Réalistes réunis par Sonia Zannettacci ouvrent la Vieille-Ville. À Paris, Cezanne retrouve ceux qui l’ont regardé.
Rilke, lui, n’a rien taillé. Il a regardé longtemps, puis trouvé les phrases qui, plus d’un siècle après, accompagnent encore le bronze. Les mains façonnent ; les mots perpétuent.