Maastricht, TEFAF 2015, L’art moderne :

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L’art du XXe siècle est, cette année, particulièrement mis en valeur à la Tefaf. On ne sait pas toujours où donner de la tête : toiles de De Chirico, de Kirchner, des Léger un peu partout (pas que des meilleurs, il faut l’avouer), des Picasso (on finit par s’en lasser, sauf des dessins), des Chagall (il y en a même des bons !), des Magritte, des Dubuffet, encore des Dubuffet, des Warhol et des Basquiat à la louche. Sans compter les autres Hantaï, Hartung, Sam Francis, Franz Kline, Soulages rencontrés ici et là.

Max Ernst, Forêt, 1927, gouache sur carton, 50 x 64,4 cm, galerie Landau
Max Ernst, Forêt, 1927, gouache sur carton, 50 x 64,4 cm, galerie Landau

Sur le stand de la galerie new yorkaise Landau (qui propose une réunion d’un niveau plutôt honorable avec Kandinsky, plusieurs Léger, Picasso, Klee, Chagall et Dubuffet entre autres), on remarque un magnifique tableau du surréaliste Max Ernst, une grande gouache intitulée Forêt, de 1927. Sur un fond vert pâle, toujours impeccablement lisse chez Ernst, s’élève une barrière métallique, une jungle de troncs noirs hérissés composant une forêt tropicale très peu naturelle, un monde d’acier gratté et froid commandé par un soleil mort au disque immobile.

La foire se permet même une incursion dans le contemporain avec une exposition de vingt-cinq œuvres montée grâce à différentes galeries du secteur, dont celle, multinationale, de Thaddaeus Ropac. La Tefaf serait-elle, discrètement, en train de préparer sa mue, confrontée à un marché de l’art ancien qui décroît, dépassé par les records juteux affichés par les ventes d’art moderne et contemporain de ces dernières années ? Il faut espérer que non : cela obligerait à renvoyer des galeries d’art ancien ou moderne pour qui la Tefaf est une vitrine unique afin de laisser place aux nouveaux arrivants, ce qui serait bien dommage vu la qualité des œuvres exposées année après année, prouvant bien que le marché, dans ce domaine, reste plein possibilités et de découvertes.

D’autant plus que les pièces présentées à Maastricht sont parfois bien plus enthousiasmantes que ce que l’on peut observer le long des allées de la FIAC ou d’Art Basel.

Egon Schiele, Femme assise en sous-vêtements, 1917, gouache, aquarelle et crayon, 45,7 x 29,4 cm, galerie Gradiva
Egon Schiele, Femme assise en sous-vêtements, 1917, gouache, aquarelle et crayon, 45,7 x 29,4 cm, galerie Gradiva

Un seul exemple : une galerie propose une exceptionnelle réunion d’une dizaine de dessins d’Egon Schiele, magnifique suite de figures plus qu’intimes, aux poses improbables, érotiques et torturées. Mais c’est sur le stand mitoyen de la galerie parisienne Gradiva que se trouve le plus beau d’entre eux, une grande feuille aux couleurs éreintées représentant un dos de rousse, révélé par une chemise de nuit à moitié tombée, une bretelle ayant négligemment glissé le long du bras. Quelques inclusions de blanc à la gouache pour la chemise, des rehauts d’aquarelle carmin pour marquer toute la contingence de ce dos humain, trop humain. Une véritable pièce de musée – et sachant que les musées exposent rarement leur fonds d’art graphique, on est bien heureux de pouvoir profiter, entre les deux galeries qui se jouxtent, de cette petite monographie dessinée viennoise, pour terminer notre parcours à la foire de Maastricht.