Sans Paris et ses marchands, l’art moderne aurait-il jamais eu son marché ? Sans Venise 1948, Rothko serait-il entré en Europe ? Sans Florence, aurait-il jamais quitté la figure ?
Quatre questions. Quatre villes. Un même constat : avant les artistes, il y a les lieux.
⚪ Une ville peut devenir atelier. Céret, été 1911, Picasso, Braque ou Soutine travaillent en cordée pendant trois étés. Plus de 300 œuvres sortent d’une petite ville pyrénéenne avant que la mobilisation d’août 1914 ne rompe tout.
⚪ Une ville peut consacrer. Paris, Montmartre puis Montparnasse, le Bateau-Lavoir, La Ruche, le système des marchands Vollard, Kahnweiler, Durand-Ruel, qui invente à la fin du XIXe le marché de l’art moderne lui-même.
⚪ Une ville peut exposer et légitimer. Venise, la Biennale fondée en 1895, et 1948 surtout, quand Peggy Guggenheim présente pour la première fois en Europe Pollock, Rothko et Clyfford Still dans un Pavillon grec laissé vide par la guerre civile, scénographié par Carlo Scarpa.
⚪ Une ville peut rejaillir des siècles plus tard. Florence, où Rothko se rend trois fois entre 1950 et 1966, et qui rouvre aujourd’hui ses portes à l’abstraction qu’elle avait, à son insu, rendue possible.
Que l’art moderne soit l’œuvre des artistes, personne ne le conteste. Mais le serait-il sans les villes qui l’ont rendu possible ?









