Oskar Kokoschka. Un regard itinérant

Oskar Kokoschka. Un regard itinérant

Prague, 1934 Huile sur toile Fondation Oskar Kokoschka, Vevey © Fondation Oskar Kokoschka / 2017, ProLitteris

A l’occasion de la prochaine publication en ligne du catalogue raisonné des peintures d’Oskar Kokoschka (1886-1980), le Musée Jenisch à Vevey montre, à partir du fonds de la Fondation Kokoschka, une sélection de peintures de l’artiste, dont la carrière s’étend sur près de trois quarts de siècle.

Après avoir peint le monde des instincts, Gustav Klimt se retire dans un monde iconique où règne une beauté immuable. Au moment où Klimt peint son célèbre Baiser (1907-1908), Kokoschka illustre un conte, Les garçons rêveurs, qu’il dédicace au maître. Avec ces illustrations une page se tourne : le cloisonné précieux de Klimt se transforme en un cloisonné de l’angoisse. Kokoschka rejette le déguisement allégorique, le solennel teinté de douceur et d’érotisme du maître. Il n’adoptera jamais son élégante et séduisante stylisation. Il ne célèbrera jamais comme lui la femme ni ne sacralisera la tragédie humaine. Au contraire, il lui donne un accent inédit, livrant ses êtres au doute intérieur, aux grimaces qui dévoilent leur fragilité. L’architecte Adolf Loos, ennemi véhément du Jugendstil, avait repéré la détermination de Kokoschka à s’éloigner de toute recherche d’ornement. Il décide alors de l’encourager, lui permet de nouer des relations avec les milieux artistiques d’Europe centrale et lui procure ses premières commandes. Dans ce contexte exceptionnel, Kokoschka réalise de nombreux portraits, souvent comparés aux psychanalyses de son compatriote Freud : l’artiste cherche à déchiffrer l’homme, à saisir les peurs et les désirs inconscients de ses modèles. Ces portraits nous offrent une image de la société décadente de Vienne, dont les manières trop raffinées trahissent l’angoisse de l’avenir. Alors que les figures d’Egon Schiele – à qui il doit son sens de la couleur expressive, arbitraire et un graphisme anguleux – communiquent dans un langage corporel exagéré, les portraits de Kokoschka reposent sur des inflexions minimales du corps. Chez lui, déformations du visage et regards hallucinés traduisent la fin imminente d’un monde. Pratiquant une introspection au scalpel, l’artiste bannit tout décor anecdotique autour des personnages de sa galerie imaginaire de portraits.

Prague, 1934 Huile sur toile Fondation Oskar Kokoschka, Vevey © Fondation Oskar Kokoschka / 2017, ProLitteris
Prague, 1934, Huile sur toile, Fondation Oskar Kokoschka, Vevey © Fondation Oskar Kokoschka / 2017, ProLitteris

L’intérêt que porte Kokoschka aux maîtres anciens se ressent dans une série de tableaux à thèmes bibliques parmi lesquels figure La crucifixion (1911).

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Camille Lévêque-Claudet

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