La question se pose avec une force particulière cet été. La Tate lui consacre une grande rétrospective, « The Making of an Icon », qui retrace la façon dont une peintre est devenue une icône mondiale. Tote bags, mugs, reproductions, son visage est aujourd’hui partout, parfois plus présent que ses toiles.
Or chez Frida Kahlo, l’écart entre l’image et l’œuvre est vertigineux. Sa peinture ne transige pas. Le cœur arraché de « La mémoire, le cœur », peint en 1937, n’est pas un symbole, mais bel est bien la barre du bus qui l’a transpercée à dix-huit ans. Les épines de son collier de 1940 ne disent pas la douleur, elles sont la douleur. À quinze ans déjà, elle écrivait, « Nous venons au monde pour souffrir ».
C’est tout l’enjeu. À mesure qu’une artiste devient une marque, l’image lisse finit parfois par recouvrir la matière, plus rude, qui l’a fait naître.
C’est cette question que l’écrivain Etienne Barilier interroge dans FRIDA KAHLO «NOUS VENONS AU MONDE POUR SOUFFRIR», pour rendre son corps à l’icône, car « Pas plus que le génie, la souffrance ne s’imite ».









