Bâle, l’inaltérable

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Bâle, l'inaltérable Alors que le marché de l'art mondial hésite entre rétraction et réinvention, Art Basel revient en juin avec sa 56e édition : deux cent quatre-vingt-dix galeries, quarante-trois pays, cinq secteurs et deux commandes monumentales en plein air pour rappeler, avec une tranquille autorité, que Bâle reste l'étalon du monde. Arthur Frydman Le marché de l'art traverse une période de turbulences dont les statistiques disent l'essentiel : volumes en recul, prudence des acheteurs, recomposition des hiérarchies. Les grandes foires ont senti le vent tourner. Certaines ont réduit la voilure. D'autres se sont réinventées dans l'urgence. Art Basel, elle, persiste, avec cette assurance tranquille des institutions qui n'ont pas besoin de crier pour exister. Chaque juin, Bâle redevient le centre de gravité du monde de l'art : le lieu où se croisent collectionneurs, directeurs de musées, galeristes et artistes, dans une concentration de qualité que nulle autre foire ne rivalise encore. L'édition 2026 rassemble deux cent quatre-vingt-dix galeries venues de quarante-trois pays et territoires. Du chef-d'œuvre du XXe siècle à la pièce fraîchement sortie d'atelier, du solo show intimiste à l'installation qui colonise un hall entier, la foire offre ce que l'ère numérique ne peut simuler : la présence physique devant l'œuvre. Cet instant où l'espace de la salle cède à l'espace de l'art, où l'on cesse d'être spectateur pour devenir presque matière. Nouvelle initiative de cette édition, Basel Exclusive répond directement à cette logique. Les galeries participantes s'engagent à réserver au moins une œuvre majeure, parfois une présentation entière,...

Bâle, l’inaltérable

Alors que le marché de l’art mondial hésite entre rétraction et réinvention, Art Basel revient en juin avec sa 56e édition : deux cent quatre-vingt-dix galeries, quarante-trois pays, cinq secteurs et deux commandes monumentales en plein air pour rappeler, avec une tranquille autorité, que Bâle reste l’étalon du monde.

Arthur Frydman

Le marché de l’art traverse une période de turbulences dont les statistiques disent l’essentiel : volumes en recul, prudence des acheteurs, recomposition des hiérarchies. Les grandes foires ont senti le vent tourner. Certaines ont réduit la voilure. D’autres se sont réinventées dans l’urgence. Art Basel, elle, persiste, avec cette assurance tranquille des institutions qui n’ont pas besoin de crier pour exister. Chaque juin, Bâle redevient le centre de gravité du monde de l’art : le lieu où se croisent collectionneurs, directeurs de musées, galeristes et artistes, dans une concentration de qualité que nulle autre foire ne rivalise encore.

L’édition 2026 rassemble deux cent quatre-vingt-dix galeries venues de quarante-trois pays et territoires. Du chef-d’œuvre du XXe siècle à la pièce fraîchement sortie d’atelier, du solo show intimiste à l’installation qui colonise un hall entier, la foire offre ce que l’ère numérique ne peut simuler : la présence physique devant l’œuvre. Cet instant où l’espace de la salle cède à l’espace de l’art, où l’on cesse d’être spectateur pour devenir presque matière.

Nouvelle initiative de cette édition, Basel Exclusive répond directement à cette logique. Les galeries participantes s’engagent à réserver au moins une œuvre majeure, parfois une présentation entière, à toute activité pré-foire, la dévoilant publiquement pour la première fois lors de l’heure First Choice du vernissage VIP. Gagosian, Hauser & Wirth, David Zwirner, Pace, Sadie Coles HQ, Xavier Hufkens ou encore Mennour figurent parmi les premiers participants.

Le dehors comme scène

Avant même de franchir les portes de la Messe, la ville parle. Deux commissions monumentales nées des Art Basel Awards transforment Bâle en espace à ciel ouvert. Sur la Messeplatz, Nairy Baghramian installe Modèle vivant (S’empilant) : quatre ensembles sculpturaux exécutés en 2026 en aluminium laqué parme, précairement équilibrés sur des armatures en acier poli enjambant la fontaine sans en interrompre le flux. Des formes biomorphiques en suspens, ni posées, ni en l’air, comme des corps dans l’attente d’eux-mêmes. Sur la Münsterplatz, Ibrahim Mahama déploie The God of Small Things (2026), titre emprunté à Arundhati Roy : une constellation d’éléments sculptés en suspension, fabriqués à partir de résidus de caoutchouc d’une usine ghanéenne post-indépendance, qui transforme la place historique en site de mémoire matérielle et politique.

Le Parcours, confié à Stefanie Hessler, directrice du Swiss Institute de New York, prolonge ce geste urbain avec vingt-deux projets répartis dans les rues, appartements vides et sites historiques bordant la Clarastrasse jusqu’au Rhin. Kader Attia suspend des rainsticks mécanisés dans l’atrium de l’UBS Aeschenvorstadt. Haegue Yang drape la Mittlere Brücke de ses Intermediates, sculptures inspirées du mythe coréen de l’imoogi. Sarah Crowner colonise les tramways avec ses affiches colorées, traduisant en rythme visuel son travail de peinture étendue.

L’intérieur, secteur par secteur

Unlimited reste l’expérience unique qu’aucune autre foire n’a réussi à dupliquer. Cinquante-neuf projets, soixante-six galeries, pour la première fois sous la direction de Ruba Katrib, Chief Curator de MoMA PS1. On y verra Isa Genzken (Galerie Buchholz, Hauser & Wirth and David Zwirner) et ses sièges d’avion abandonnés qui retournent la logique du regard. Ed Ruscha livre à Gagosian un rare triptyque monumental conçu en 1987 pour la bibliothèque de Miami-Dade, longtemps gardé dans sa collection privée. Theaster Gates (White Cube) aligne plus de mille flacons de saké : du rituel, de la matière, de la mémoire collective. Une Unlimited Night est prévue le 18 juin.

Le secteur Galleries regroupe deux cent trente-deux galeries dont treize nouvelles. Sur son stand, Continua expose une œuvre exclusive de Pascale Marthine Tayou ainsi qu’une pièce d’Anish Kapoor. Applicat-Prazan revient avec une présentation d’André Masson des années trente et quarante ; Galerie 1900-2000 avec les Duchamp, Höch et Picabia. Esther Schipper installe Of Ideal de Pierre Huyghe, œuvre hybride mêlant génération d’images en temps réel et environnements sensoriels. Pilar Corrias présente Melancholia, solo de Sabine Moritz créé spécialement pour Bâle. Et Perrotin présente une nouvelle série de céramiques et bronzes de Klara Kristalova, figures psychologiquement chargées qui mêlent imaginaire des contes et inquiétude sourde, coïncidant avec sa représentation des pays nordiques à la Biennale de Venise 2026.

Feature, voué aux présentations historiques, accueille seize exposants dont cinq nouvelles galeries. Galería Guillermo de Osma (Madrid) propose une rétrospective de Joaquín Torres-García, figure centrale du Constructivisme latino-américain. Galería Leandro Navarro met en dialogue Kurt Schwitters et Oskar Schlemmer. Galerie Cécile Fakhoury (Dakar, Paris) réhabilite Souleymane Keïta, pionnier du modernisme sénégalais post-indépendance.

Premiere passe de dix à dix-sept galeries : trente-quatre artistes représentés, trois nouveaux entrants dont Magenta Plains (New York), Öktem Aykut (Istanbul) et Galería Ehrhardt Flórez (Madrid). June Crespo y présente une nouvelle sculpture murale de grande échelle.

Statements réunit dix-huit galeries, dont neuf font leurs débuts à Bâle. Blue Velvet (Zurich, Madrid) entre avec Monica Mays et Oasys Mini Hollywood, une installation qui déconstruit le western comme fiction transnationale. Gypsum Gallery (Le Caire) présente la sculpture en bronze tressé de Hana El-Sagini.

Les galeries suisses dans la mêlée

Hauser & Wirth, présente sur trois fronts simultanément : Galleries, Unlimited, Messeplatz et réunit Eisenman, Gaines, Rashid Johnson et Nicolas Party aux côtés de Bourgeois, Guston, Nauman et Lassnig, avec Pierre Huyghe en fil conducteur, en écho à sa rétrospective à la Fondation Beyeler (jusqu’au 13 septembre). Eva Presenhuber (Zurich, Vienne) présente huit artistes, dont Valentin Carron et Karen Kilimnik dont la rétrospective ouvre à Zurich le 12 juin.

Il y a dans ce retour annuel quelque chose qui dépasse le commerce même si le commerce est là, précis, nécessaire. Face aux algorithmes, aux viewing rooms, aux foires satellites qui prolifèrent, Bâle tient. Elle tient parce qu’il existe encore, dans la rencontre directe entre une peinture et un regard, une chimie irréductible. Bâle 2026 en fera la démonstration, une nouvelle fois.

Nota bene : Art Basel, 18-21 juin 2026, Messe Basel, Messeplatz, Bâle, Suisse

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