MB&F – Quand les machines deviennent œuvres
Dans le monde feutré et hautement codifié de l’horlogerie suisse, un fabricant de rêve a surgi en 2005, imposant une vision sans équivalent – à la frontière de l’art et de la mécanique.
Arthur Dreyfus
Lacan avait une devise : «Ce qu’on peut comprendre, on l’a déjà compris.» Le constat vaut autant pour la psychanalyse que pour l’art. On croyait avoir tout vu, on était sûr d’avoir fait le tour, lorsque soudain un visionnaire crée un objet complètement neuf. L’enfant en nous se réveille alors. On se souvient que l’émerveillement n’a pas de fin. Et que c’est bien cela, la magie humaine : d’avoir toujours et encore quelque chose à (re)découvrir.
L’un de ces visionnaires s’appelle Maximilian Büsser – mais tout le monde l’appelle Max. Né à Milan en 1967 d’un père suisse et d’une mère indienne, il hérite d’un mélange détonnant d’influences. L’enfant, qui grandit dans la campagne suisse en regardant des séries animées japonaises, tout en rêvant aux voitures italiennes, se forge une personnalité curieuse, ouverte à toutes les expérimentations, envoûtée par la beauté autant que par la précision. Et s’il rejoint en 1991 la mythique maison Jaeger-LeCoultre après ses études d’ingénieur, le désir de mener sa propre aventure, à la fois pionnière et artistique, s’impose bientôt à lui. C’est ainsi qu’en 2005, à Genève, il fonde l’un des laboratoires les plus magiques de notre temps : MB&F, un atelier de mécanique horlogère où la micro-ingénierie rejoint la création artistique à son plus haut degré.
Max Büsser se rappelle que, dans les années quatre-vingt-dix, il fallait «une forme de folie» pour se consacrer avec passion à l’horlogerie de luxe. C’est à la mort de son père, au début des années deux mille, qu’il décide de cesser de travailler pour les autres, afin de bâtir sa propre aventure : «J’ai commencé une thérapie. J’ai compris qu’au-dessus de tout, je voulais créer des choses auxquelles je croyais profondément, abandonner le marketing pour devenir un véritable créateur.» C’est ainsi qu’en 2007 naît la HM1 – la toute première Horological Machine. Avec son boîtier en trois dimensions et son mouvement aux finitions inouïes, elle inaugure une lignée d’une vingtaine de créations inspirées par l’espace, la science-fiction, l’aviation, le règne animal ou encore l’architecture.
La créativité est un mouvement : une fois lancé, on ne s’arrête plus. C’est ainsi que sont conçues dès 2011, et après la série des Horlogical Machines, les Legacy Machines, des pièces plus classiques, rendant hommage à l’excellence horlogère du XIXe siècle, réinterprétant des complications fabuleuses sous la forme d’objets d’art.
C’est à cette même époque que Büsser décide d’étendre son rêve. La M.A.D. (Mechanical Art Devices) Gallery doit son existence à ce pari fou : présenter une constellation d’objets aussi sophistiqués que les mécanismes de la haute horlogerie, sans avoir forcément vocation à mesurer le temps ; inaugurant un cabinet de curiosités contemporain unique en son genre. Pour donner corps à sa vision, Büsser parcourt le monde à la recherche d’artisans-poètes capables de vibrer à la même fréquence que lui – et donnant tous son sens au «F» de MB&F, à savoir, le mot friends. Max rencontre alors Frank Buchwald, immense illustrateur allemand de science-fiction devenu authentique alchimiste de la mécanique, et créateur des Machine Lights. Il croise aussi Laikingland, label anglo-néerlandais piloté par Martin Smith, auteur de fascinantes œuvres d’art cinétique.
Animé par un esprit de création permanent, MB&F s’associe ainsi aux pionniers de l’art mécanique pour imaginer des objets à quatre mains, guidés par une même source : l’enfance. La MusicMachine 3 incarne cette démarche : une boîte à musique mécanique d’exception, fabriquée par Reuge, une mythique maison suisse au siècle et demi de savoir-faire. Son design signé MB&F reprend les lignes des chasseurs TIE de Star Wars, film fondateur découvert par Büsser à dix ans.
Ce n’est sans doute pas un hasard si Chanel s’est rapprochée de MB&F, entrant à hauteur de 25% dans son capital en 2025. Peu de maisons artisanales défendent aujourd’hui, à l’égal des maisons de luxe institutionnelles, un geste aussi raffiné et aussi original que cet horloger à nul autre pareil désormais installé à Carouge, au sein de la splendide M.A.D.House édifiée en 1907. En vingt ans, la marque rêvée par Büsser, déjà couronnée de prix pour ses créations d’avant-garde, aura révolutionné l’horlogerie traditionnelle, ouvrant des passerelles entre des univers que tout semblait opposer.
Nota bene : Toutes les informations sur www.mbandf.com. Chaque deuxième vendredi du mois, MB&F accueille des visiteurs à la M.A.D.House de Carouge (Genève), afin de faire découvrir ses ateliers. Expérience ouverte à tous, limitée à huit participants.









