Marcia Hafif – La peinture après toutes les images

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Marcia Hafif – La peinture après toutes les images À La Chaux-de-Fonds, Marcia Hafif transforme la peinture en expérience lente, mentale et profondément sensible. Agnès Vannouvong Au musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, le parcours consacré à Marcia Hafif appartient à cette catégorie rare d'expositions qui demandent du temps et du silence. Certaines œuvres ne cherchent ni à séduire immédiatement ni à produire un choc visuel. Elles demandent autre chose : une disponibilité du regard, une attention plus lente, presque méditative. On n'entre pas ici dans une exposition à effet. On y entre presque comme dans une pensée. Le titre, La peinture est la même pour tout le monde, pourrait sembler paradoxal à une époque où l'art est souvent sommé de se justifier par le récit, l'identité ou le commentaire social. Chez Marcia Hafif, au contraire, la peinture revient à quelque chose d'élémentaire. Non pas simplifié, mais essentiel. Une surface, une couleur, un rythme, une matière. Peindre devient une manière d'interroger ce qui subsiste lorsque tout le reste a été retiré. Née en Californie en 1929, Marcia Hafif traverse plusieurs territoires artistiques sans jamais se laisser enfermer dans une école. Formée aux États-Unis, elle s'installe à Rome au début des années soixante. Ce déplacement géographique agit comme une métamorphose esthétique. Peu à peu, elle s'éloigne de l'expressionnisme abstrait américain et découvre un autre rapport à la forme. Les rues italiennes, les panneaux publicitaires, les enseignes, les architectures urbaines modifient profondément sa perception de la couleur et de l'espace. Les œuvres...

Marcia Hafif – La peinture après toutes les images

À La Chaux-de-Fonds, Marcia Hafif transforme la peinture en expérience lente, mentale et profondément sensible.

Agnès Vannouvong

Au musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, le parcours consacré à Marcia Hafif appartient à cette catégorie rare d’expositions qui demandent du temps et du silence. Certaines œuvres ne cherchent ni à séduire immédiatement ni à produire un choc visuel. Elles demandent autre chose : une disponibilité du regard, une attention plus lente, presque méditative. On n’entre pas ici dans une exposition à effet. On y entre presque comme dans une pensée.

Le titre, La peinture est la même pour tout le monde, pourrait sembler paradoxal à une époque où l’art est souvent sommé de se justifier par le récit, l’identité ou le commentaire social. Chez Marcia Hafif, au contraire, la peinture revient à quelque chose d’élémentaire. Non pas simplifié, mais essentiel. Une surface, une couleur, un rythme, une matière. Peindre devient une manière d’interroger ce qui subsiste lorsque tout le reste a été retiré.

Née en Californie en 1929, Marcia Hafif traverse plusieurs territoires artistiques sans jamais se laisser enfermer dans une école. Formée aux États-Unis, elle s’installe à Rome au début des années soixante. Ce déplacement géographique agit comme une métamorphose esthétique. Peu à peu, elle s’éloigne de l’expressionnisme abstrait américain et découvre un autre rapport à la forme. Les rues italiennes, les panneaux publicitaires, les enseignes, les architectures urbaines modifient profondément sa perception de la couleur et de l’espace.

Les œuvres de cette période romaine comptent parmi les plus saisissantes de l’exposition. Hafif y développe un vocabulaire plastique très personnel : formes arrondies, motifs symétriques, aplats colorés aux contours nets. Certaines peintures évoquent à la fois des signes graphiques, des fragments architecturaux ou des silhouettes organiques. Rien n’y est totalement abstrait. Quelque chose du corps affleure toujours.

Ce qui frappe surtout, c’est la tension constante entre rigueur et sensualité. Les compositions sont construites avec précision, mais elles demeurent traversées par une douceur presque charnelle. Les courbes semblent respirer. Les couleurs vibrent sans agressivité.

Au tournant des années soixante-dix, elle considère que l’abstraction moderniste a atteint une forme d’épuisement. Continuer à peindre implique alors de recommencer autrement. Non plus produire des images, mais revenir aux conditions mêmes de la peinture : pigments, outils, gestes, textures, supports.

Cette réflexion donnera naissance aux célèbres Inventaires, vaste ensemble commencé dans les années soixante-dix et poursuivi jusqu’à la fin de sa vie. Hafif y explore méthodiquement les variations infinies de la couleur monochrome. Figure importante du mouvement Radical Painting dans les années quatre-vingts, elle développe alors une peinture qui interroge moins l’image que les conditions mêmes de la peinture : pigment, surface, lumière, temporalité du regard.

Devant ces surfaces, il se passe quelque chose d’étrange. Le regard ralentit. La couleur cesse d’être un simple effet optique pour devenir une expérience presque physique. Les nuances apparaissent progressivement. La matière absorbe la lumière. Certaines toiles semblent mates à distance puis deviennent presque vibrantes lorsqu’on s’en approche.

Cette économie du geste donne à son travail une puissance discrète mais remarquable. À l’heure des images saturées, instantanément consommées puis oubliées, sa peinture réintroduit une temporalité lente. Elle demande une attention patiente, presque méditative. Regarder devient un acte actif.

Le parcours de La Chaux-de-Fonds permet aussi de mesurer l’importance du lien entre Hafif et la Suisse. Le MAMCO de Genève a joué un rôle décisif dans la reconnaissance européenne de son travail, notamment autour de la période romaine, longtemps restée relativement méconnue.

Chez Marcia Hafif, la peinture n’est jamais décorative. Elle est une expérience mentale autant que sensorielle. Une manière de penser avec les couleurs, les surfaces et le temps. Et peut-être aussi une manière de résister au bruit du monde contemporain en réapprenant simplement à regarder.

Nota bene : Marcia Hafif, la peinture est la même pour tout le monde, musée des beaux-arts, La Chaux-de-Fonds, Suisse – Jusqu’au 9 août 2026

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