Peter KNAPP, le mirage des images

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par Olivier DELHOUME

Peter Knapp est à l’aise dans tous les domaines de l’art visuel : photographie, bien sûr, mais aussi graphisme, cinéma, décor, peinture, commissariat d’exposition, enseignement… Il sait poser son regard pour appréhender l’existant et projeter une œuvre ou un contexte graphique dans un langage singulier  mais accessible à tous.

Par une démarche sensible et structurée, il s’approprie le monde et le temps. En conjuguant présence et absence, il fait naître le mystère qui capte nos regards.

Dans un premier temps : l’évidence. L’image est pure, composée. Mais elle est aussi fondée sur une pensée. Le sens de la composition est porté par un discours sans verbiage. Cela fait penser au jeu des cinq erreurs dans lequel on compare deux dessins pour y déceler les différences. Sauf que chez Peter Knapp, les signes manquant à l’image et les omissions volontaires nous conduisent à des réflexions intimes, celles du hors-champ, de la disparition, voire du mirage et de l’apparition. Ce point de départ onirique nous permet de construire notre propre histoire.

Peter Knapp a souvent répondu à des commandes, mais toujours sans compromission. Chacune des publicités qu’il a réalisées – et il y en a de célèbres – s’affirme comme une création authentique et sincère. Il semble qu’il procède de même avec nous. Mais il apporte une réponse à une commande que nous n’aurions pas su formuler.

Peter Knapp - 11 - Sans titre - Cibachrome - 49 x 49 cm
Peter Knapp – 11 – Sans titre – Cibachrome – 49 x 49 cm

Bleu de ciel

Nez en l’air ou regard au loin : le ciel immatériel… Et le photographe plonge dans le grand bleu : la  trace d’un avion s’accroche à une branche ou vise un nuage dans le ciel de l’Utah ; Val d’Oise : un filet de paysage vert donne un ancrage à l’image dont les nuées disparaissent peu à peu du cadre. Mais la prise de vue ne suffit plus, le graphiste Knapp intervient, tel un peintre, pour ajuster le sillon bleu entre les buildings de Wall Street, composer la mosaïque de l’arbre à Belfort et celle du lampadaire urbain de Zurich. Sublime apparition d’un carré composé des quatre traits blancs laissés par un jet. Les bleus en dégradé s’unissent dans une perfection préméditée : Hommage à Albers. Les images sont décomposées pour être, comme il le confie, recomposées. Le photographe découpe le bleu comme le fit Matisse dans ses papiers de gouache. Peter Knapp est aussi peintre. Par les prélèvements, les montages et les collages de ces compositions, l’artiste révèle l’essentiel de l’image, il oriente notre regard et nous invite à la découverte.

Le photographe a réalisé des images dépouillées, simples et d’une grande noblesse. Rappelons-nous la main usée, burinée par le labeur quotidien, d’une paysanne de l’Yonne ; les portraits humanistes du « Paris, 24canton » et les « Photos d’elles – Temps de pose 1950-1990 » à fleur de peau et parfois dans le flou du mouvement ! Le sujet est saisi naturellement ou paré de luxe et, parfois, mis en scène. Ces images ne suffisaient-elles pas à l’artiste ? Car il peint aussi et avoue, à l’occasion de l’exposition du Paris Art Center en 1986 : « Dans mes tableaux abstraits, c’est ma faiblesse de coloriste qui a donné la préférence à la composition, au dessin, aux valeurs claires et sombres, à la variété chromatique .» Le graphiste en lui, qu’il n’oublie jamais, opère dans la pâte et sur toile. Et nous comprenons son intention profonde lorsqu’il déclare dans son « Ex-Photo », en 1990 : « Je ne prends pas de photo, je fais des images ». Il va jusqu’à gratter la surface sensible pour ses dessins sur film. Delacroix regarde dans l’ombre …

Peter Knapp - 13 - L’arbre de Belfort - 1972 - Jet d’encre - 52 x 59 cm
Peter Knapp – 13 – L’arbre de Belfort – 1972 – Jet d’encre – 52 x 59 cm

Il triture le motif pour le faire devenir sien, unique. Son approche artistique est un langage, une histoire sans parole, sans début et parfois sans fin. Juste une amorce de ce qu’il a imaginé depuis le croquis d’intention. Dans cette suite « Bleu, bleus… », le ciel, matière picturale et graphique, permet à Peter Knapp de réunir les facettes de son art dans un accord polyphonique.

Parce que le ciel a toujours fasciné les humains, Peter Knapp sait que ce thème inépuisable l’accompagnera toute sa vie. Il aura pourtant photographié les sujets les plus prestigieux, les modèles les plus sublimes et contribué aux publications universellement connues. Quand on a atteint les sommets de son art, il convient de créer sa propre partition pour garantir sa liberté d’artiste.


Vous pouvez trouver plus d’informations sur l’exposition:
http://lagalerie.artpassions.ch/exposition-en-cours/

Peter KNAPP, le mirage des images