Par Vera Michalski-Hoffmann
Qui aurait pu se douter, lorsqu’en 2002, Frédéric Pajak – que je connaissais depuis 1985, – passerait me voir dans mon bureau parisien pour me proposer de créer une collection consacrée au dessin et qu’en 2023 le même homme viendrait me parler de lancer à Arles un festival consacré également au dessin?
L’idée de cette collection, abritée par le groupe LIBELLA et bientôt intitulée sobrement les Cahiers dessinés partait du constat que le dessin, pourtant bien souvent à la base de la peinture, était négligé et traité comme une forme mineure, voire un parent pauvre dans le monde de l’art. Il avait même cessé d’être enseigné dans bien des écoles d’art.
Frédéric Pajak, lui-même dessinateur de talent, ressentait l’absence du dessin dans le milieu des beaux-arts comme une profonde injustice. Cette collection conçue pour mettre en lumière toutes les facettes du dessin sans restriction de genre allait s’intéresser au dessin sous toutes ses formes, de tous les âges, drôles ou mélancoliques, d’ici ou d’ailleurs. Elle prendrait le visage de beaux volumes avec un format et un papier facilement identifiable et allait totaliser en ce presque quart de siècle cent cinquante-sept titres.
Cohabitent au catalogue des dessinateurs contemporains, récemment décédés, ou classiques, des satiristes ou des poètes, des gens peu connus, ou des célébrités, des artistes de l’art brut, des dessinateurs de presse, des humoristes, des écrivains qui dessinent et j’en passe… Citer des noms serait forcément restrictif et peu utile.
Parallèlement à cette intense activité d’éditeur, Frédéric poursuit un parcours d’écriture original dans un genre qu’il a créé, soit le récit écrit et dessiné où le texte n’existe pas sans le dessin et inversement. Les éléments de sa biographie personnelle se mêlent à ceux des protagonistes de ses livres et sont magnifiés par des dessins superbes à la noirceur profonde.
Pendant toutes ces années, la cause du dessin a avancé et on ne peut plus vraiment dire aujourd’hui que le dessin est absent des cimaises.
Des galeries se sont ouvertes, des expositions ont vu le jour, des collectionneurs s’y sont intéressés, en partie parce que les œuvres sur papier sont souvent plus accessibles à un public plus jeune au budget plus réduit, une sorte d’engouement pour le dessin que le spectateur peut appréhender facilement, sans filtre, avec une immédiateté rassurante est désormais manifeste.
Toute une série de salons du dessin existent, pour n’en citer que quelques-uns: à Paris le Salon du dessin de Paris et Drawing now, à Marseille Pareidolie. Toutes les grandes foires d’art ont des sections consacrées au dessin, Art Basel par exemple ou la TEFAF à Maastricht.
Alors à quoi bon, lancer un Festival du dessin à Arles? D’abord parce que rien de tel n’existe. Les salons que je viens d’évoquer sont tous à vocation commerciale et se tiennent dans un lieu défini. Notre Festival se veut un rassemblement festif de passionnés du dessin sans implication commerciale. Mais qui dit fête ne dit pas amateurisme. Nous prenons soin d’exposer les artistes dans d’excellentes conditions professionnelles.
L’édition 2026 du Festival, la quatrième, s’intitule Viva l’Italia. Les douze expositions, disséminées dans toute la ville et accessibles à pied, sont soit des expositions personnelles, soit des expositions collectives dont certaines proviennent de grands collectionneurs, tels que Marin Karmitz. Mille six cents dessins sont exposés.
Le Festival du dessin d’Arles se veut une véritable fête du dessin. Les expositions sont accompagnées de projections et de conférences, mais aussi de moments festifs tels que concerts dessinés, ou aperitivi de clôture.
Pendant tout un mois le dessin investit la ville à taille humaine qu’est Arles qui vibre au rythme du dessin à la grande satisfaction de ses habitants!









