MATISSE LA SCULPTURE, UN COMPLÉMENT D’ÉTUDES

Madeleine I, 1901 Bronze, 54,6 x 19,4 x 17,2 cm San Francisco Museum of Modern Art, Bequest of Harriet Lane Levy Photo Ben Blackwell © Succession Henri Matisse2019 ProLitteris, Zuri
Madeleine I, 1901 Bronze, 54,6 x 19,4 x 17,2 cm San Francisco Museum of Modern Art, Bequest of Harriet Lane Levy Photo Ben Blackwell © Succession Henri Matisse2019 ProLitteris, Zuri
Tout le monde connaît Matisse en tant que peintre. Le Kunsthaus de Zurich nous invite à redécouvrir sa sculpture. Matisse lui-même se considérait avant tout comme un peintre, jugeant sa sculpture secondaire. Il disait d’ailleurs l’avoir pratiquée « comme complément d’études ». Elle lui sert en fait de terrain d’expérimentation pour résoudre des problèmes formels qui se posent à lui en peinture, mais elle est aussi un moyen de trouver des solutions dans sa confrontation avec Cézanne. Il n’est dès lors pas étonnant que plus de la moitié de l’œuvre sculpté de Matisse – soixante-neuf œuvres – ont été réalisées entre les années 1900 et 1909, au début de la carrière de l’artiste. Peinture et sculpture sont ainsi étroitement liées dans la production artistique de Matisse, et ce dès les débuts et Le Serf (1900-1903), sa première sculpture en ronde-bosse, qui trouve son équivalent pictural en L’Homme debout de 1900. Dans les deux cas, Matisse cherche un équilibre entre le tactile et le visuel, ce qui se traduit par exemple en peinture par des alternances entre zones très travaillées dans le rendu tridimensionnel et d’autres beaucoup plus plates et abstraites. Le long travail sur Le Serf peut être dû à de longues recherches de la part de Matisse pour trouver des moyens expressifs similaires. L’artiste y parvient notamment en grattant dans l’argile ou le plâtre. Matisse commence à travailler sur la sculpture Madeleine I alors qu’il n’a pas encore terminé Le Serf. Madeleine I se réfère très clairement au tableau...

Tout le monde connaît Matisse en tant que peintre. Le Kunsthaus de Zurich nous invite à redécouvrir sa sculpture.

Matisse lui-même se considérait avant tout comme un peintre, jugeant sa sculpture secondaire. Il disait d’ailleurs l’avoir pratiquée « comme complément d’études ». Elle lui sert en fait de terrain d’expérimentation pour résoudre des problèmes formels qui se posent à lui en peinture, mais elle est aussi un moyen de trouver des solutions dans sa confrontation avec Cézanne. Il n’est dès lors pas étonnant que plus de la moitié de l’œuvre sculpté de Matisse – soixante-neuf œuvres – ont été réalisées entre les années 1900 et 1909, au début de la carrière de l’artiste.

Peinture et sculpture sont ainsi étroitement liées dans la production artistique de Matisse, et ce dès les débuts et Le Serf (1900-1903), sa première sculpture en ronde-bosse, qui trouve son équivalent pictural en L’Homme debout de 1900. Dans les deux cas, Matisse cherche un équilibre entre le tactile et le visuel, ce qui se traduit par exemple en peinture par des alternances entre zones très travaillées dans le rendu tridimensionnel et d’autres beaucoup plus plates et abstraites. Le long travail sur Le Serf peut être dû à de longues recherches de la part de Matisse pour trouver des moyens expressifs similaires. L’artiste y parvient notamment en grattant dans l’argile ou le plâtre.

Matisse commence à travailler sur la sculpture Madeleine I alors qu’il n’a pas encore terminé Le Serf. Madeleine I se réfère très clairement au tableau Modèle debout, datant lui aussi des années mille neuf cents. Dans les deux cas, le travail sur la surface et la texture est minimisé afin de mieux mettre en exergue la forme et les mouvements essentiels. Avec cette sculpture, Matisse semble pousser à leurs limites les réflexions sur la vraisemblance anatomique.

Le Nu couché I est sculpté par Matisse en 1907, alors qu’il se trouve à Collioure et qu’il rend fréquemment visite au sculpteur Maillol. Cette sculpture est étroitement liée dans son histoire à la peinture Nu bleu de 1907, une des peintures les plus originales de Matisse, mais aussi une des réponses les plus fortes à l’art de Cézanne. Ici, la dynamique entre peinture et sculpture est inversée, car ce sont les recherches menées dans le Nu bleu qui l’aident dans son travail de sculpture du Nu couché I.

Si Matisse se servait souvent de photographies pour ses sculptures, notamment de plusieurs clichés parus dans la revue Mes modèles, La Serpentine est en revanche exécutée à partir d’un modèle, qu’il jugeait « un peu forte, mais très harmonieuse dans la forme et le mouvement ». Aussi, l’artiste a-t-il « aminci et composé les formes de façon à rendre le mouvement compréhensible de tous points de vue ». Il s’agit d’une sculpture particulièrement épurée. Matisse y montre également ses connaissances classiques, la pose évoquant celle du fameux Hercule Farnèse.

Comme nombre d’artistes de son époque, Matisse a été marqué par l’art africain et, plus particulièrement, la sculpture des Baoulés, un peuple de Côte d’Ivoire. Le Nu debout de 1906 marque à ce titre une transition dans son œuvre sculpté, car il traduit les recherches menées par l’artiste sur la sculpture africaine. Le cinquième et dernier buste de Jeannette témoigne lui aussi de l’importance qu’a eue la sculpture africaine sur Matisse. Les deux premières versions datent de 1910 et sont naturalistes, dans la trempe de Rodin. Une forte signification métaphorique imprègne Jeannette III (1911) et Jeannette IV (1913), car Matisse y explore, tout comme il le fait en peinture durant ces mêmes années, le thème de la femme-fleur : Jeannette est coiffée d’une fleur et de ses pétales. Mais lorsqu’il sculpte une cinquième et dernière version en 1916, il se tourne vers l’art africain et instaure ainsi une véritable rupture dans la série. Il creuse plus profondément les volumes, s’intéresse plus à la logique interne des formes qu’à la ressemblance : la chevelure a disparu, tout comme une partie du crâne. Il en découle une psychologie mise à nu et, des cinq versions, c’est justement la dernière qui a l’affirmation psychologique la plus forte.

Les sculptures de Matisse trouvent un écho important dans sa peinture également, le Matissepeintre insérant plusieurs œuvres du Matissesculpteur dans ses toiles à partir de 1906. C’est Nu couché I qui se retrouve le plus souvent dans ses tableaux, comme dans Sculpture avec vase persan, où les courbes de la femme répondent à celles du vase. Nu couché I se retrouve aussi dans le fond de La Leçon de musique de 1917, où la petite sculpture devient une sculpture-fontaine de jardin de taille imposante – toutes les sculptures de Matisse sont de format réduit. Elle se trouve à l’arrière-plan de la composition, ignorée de tous les protagonistes présents dans la pièce.

Matisse ne sculpte plus beaucoup après la Première Guerre mondiale. Il s’y remettra cependant entre 1925 et 1930, toujours avec des préoccupations liées aux problèmes formels qui se posent à lui en peinture. Les Nu couché II (1927) et Nu couché III (1929) – deux autres sculptures à voir à Zurich – sont de cette période.

« J’ai fait de la sculpture quand j’étais fatigué de la peinture. Pour changer de moyen. Mais j’ai fait de la sculpture comme un peintre. Je n’ai pas fait de la sculpture comme un sculpteur… ». Même si le principal intéressé se considérait avant tout comme un peintre, jugeant sa sculpture secondaire, l’œuvre sculpté de Matisse occupe une place singulière et importante dans la sculpture du XXe siècle. D’aucuns rangent même certaines de ses productions – Jeannette V notamment – parmi les sculptures les plus marquantes du siècle passé.

Gilles Monney

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