MAX JACOB À CÉRET

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Dominique Fernandez chez lui Photo: Ferrante Ferranti
CHRONIQUE DE DOMINIQUE FERNANDEZ Céret n’est pas seulement une ravissante petite ville des Pyrénées orientales nichée au pied du Canigou, elle a été une capitale de la peinture au début du XXe siècle, grâce peut-être à sa structure même. «Tout est à angle droit dans cette patrie du cubisme, les maisons de hauteur inégale et sans toits, les devantures des boutiques qui sont plus hautes que larges, pavées de mosaïques et propres, les nez des gens, les épaules des hommes et les poitrines des femmes ainsi que leurs foulards, les aloès des routes, les palmiers des avenues, les oliviers tordus des champs et les mentons des vieux et des vieilles». Qui a écrit ces lignes, en 1913 ? Le poète et peintre Max Jabob, qui séjourna ici, avec son ami Picasso. Ils furent les deux initiateurs du cubisme. À Max Jacob justement le nouveau et jeune directeur du beau musée de Céret, JeanRoch Dumont Saint Priest, a dédié une exposition faisant revivre cette époque et cet homme, qui a animé un demi-siècle de vie littéraire et artistique, avant d’être assassiné par les nazis. Les portraits qu’on a faits de lui sont saisissants. Celui de Picasso, qui le prend pour modèle du Fou de cirque en bronze (1905). Celui de Marie Laurencin, ovoïde, en forme de masque (1908). Celui de Metzinger, savant collage cubiste de haut de forme, de pipe, de papiers peints à motifs floraux, de bouteille d’eau de Seltz et de masque noir sur l’œil droit, Max Jacob étant...

Céret n’est pas seulement une ravissante petite ville des Pyrénées orientales nichée au pied du Canigou, elle a été une capitale de la peinture au début du XXe siècle, grâce peut-être à sa structure même. «Tout est à angle droit dans cette patrie du cubisme, les maisons de hauteur inégale et sans toits, les devantures des boutiques qui sont plus hautes que larges, pavées de mosaïques et propres, les nez des gens, les épaules des hommes et les poitrines des femmes ainsi que leurs foulards, les aloès des routes, les palmiers des avenues, les oliviers tordus des champs et les mentons des vieux et des vieilles». Qui a écrit ces lignes, en 1913 ? Le poète et peintre Max Jabob, qui séjourna ici, avec son ami Picasso. Ils furent les deux initiateurs du cubisme. À Max Jacob justement le nouveau et jeune directeur du beau musée de Céret, JeanRoch Dumont Saint Priest, a dédié une exposition faisant revivre cette époque et cet homme, qui a animé un demi-siècle de vie littéraire et artistique, avant d’être assassiné par les nazis.

Les portraits qu’on a faits de lui sont saisissants. Celui de Picasso, qui le prend pour modèle du Fou de cirque en bronze (1905). Celui de Marie Laurencin, ovoïde, en forme de masque (1908). Celui de Metzinger, savant collage cubiste de haut de forme, de pipe, de papiers peints à motifs floraux, de bouteille d’eau de Seltz et de masque noir sur l’œil droit, Max Jacob étant féru du romanfeuilleton Fantômas (1913). Celui de Modigliani, lyrique, épuré (1915). Celui de Pierre Descaves, qui souligne son air dédaigneux et ironique, se moquant de tout et de lui-même (vers 1930). Enfin celui de Jean Boullet, tragique, de 1943, où le vieil homme doublement honni, comme juif et comme homosexuel, apparaît affaissé, à bout, écrasé par son destin que symbolise l’étoile jaune dessinée sur sa poitrine.

Cet esprit badin et charmeur, versatile et fantasque, était féru de jeux et d’arènes, de clowns et d’acrobates, de sardanes et de taureaux, aussi bien que d’ésotérisme, d’astrologie, de chiromancie, pour finir dans un mysticisme breton (il était né à Quimper) qui l’inclina vers un genre plus mièvre, à la Maurice Denis. Il s’était retiré dans le monastère de Saint-Benoît-sur-Loire, d’où la Gestapo vint le déloger.

Toutes les étapes de son parcours atypique sont illustrées dans l’exposition. Sa longue, inaltérable amitié avec Picasso est bien documentée, de Céret et du Bateau Lavoir de Montmartre jusqu’aux années de l’Occupation. On admire ses peintures et ses tableaux, bien sûr, qui frappent par une certaine légèreté de touche, transformant le spectacle le plus réaliste, voire brutal, en quelque songe irréel. Un match de boxe devient sous sa plume un pas de deux. La corrida, un ballet élégant. Les joueurs de billard, des danseurs. Les maisons et les paysages de Céret donnent lieu à des entassements de cubes pressés comme un troupeau de moutons. Les vaches à la rivière ont l’air d’acteurs de théâtre illustrant un rideau de scène. Et partout, une sorte de zéphyr poétique, qui souffle en douceur, effleurant les couleurs vives pour les amortir en nuances pâles.

Le milieu artistique de l’époque et les contemporains de Max Jacob, souvent ses amis, entre cubisme, dadaïsme et abstraction, sont aussi convoqués: Auguste Herbin et ses vues cubistes de Céret, Picabia, Cocteau, présent par les photographies qu’il faisait de ce beau monde, le Catalan Manolo, l’Espagnol Juan Gris, la Polonaise Alice Halicka, le Polonais Moïse Kisling, la Russe Hélène d’Oettingen, Serge Férat, pseudonyme d’un comte russe, auteur d’un projet de masque pour Les Mamelles de Tirésias, comédie surréaliste d’Apollinaire dont Max Jacob dirigeait les chœurs.

Que de grands talents, plus ou moins connus, célébrés ici avec goût. La plus belle découverte, à mon sens, est le Paysage espagnol, cubiste (1915), de Marie Vassilieff, une artiste pétersbourgeoise, qui en 1917 organisa avec Max Jacob un banquet en l’honneur de Georges Braque rentré du front. Cendrars, Apollinaire, Picasso assistèrent à cette fête, qu’elle illustra d’un dessin satirique où l’on reconnaît les participants, en particulier Max Jacob avec son crâne chauve comme un œuf.

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Dominique Fernandez

Élève de l’École normale supérieure, agrégé d’italien en 1955, Dominique Fernandez devient en 1957 professeur à l’Institut français de Naples. En 1968, il soutient sa thèse sur L’Échec de Pavese, et devient docteur ès lettres. Il partage son temps entre son travail d’enseignant, l’écriture de ses livres et la rédaction de ses articles pour la Quinzaine littéraire, L’Express, le Nouvel Observateur ou Artpassions. Il reçoit le Prix Médicis en 1974, pour Porporino ou les Mystères de Naples, histoire d’un castrat dans l’Italie du XVIIIe siècle. En 1982, son roman fondé sur la vie de Pasolini, Dans la main de l’ange est couronné du Prix Goncourt. À 77 ans, Dominique Fernandez a été élu à l’Académie française le 8 mars 2007, au siège laissé vacant par le décès du professeur Jean Bernard, et reçu sous la Coupole le 13 décembre 2007 par Pierre-Jean Rémy. Grand voyageur, spécialiste de l’art baroque et de la culture italienne, Dominique Fernandez a ramené de ses nombreux voyages en Italie, en Bohême, au Portugal, en Russie, en Syrie, au Brésil ou en Bolivie des récits illustrés . Il est fils du diplomate et critique d’origine mexicaine Ramon Fernandez, à qui il consacre en 2009 un livre, Ramon, et de Liliane Chomette, normalienne, professeur de lettres.

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