Frankenstein, ou les vertus de l’ennui

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Résumé de l'article

La Fondation Bodmer revient sur la genèse de Frankenstein, né de l’ennui de Mary Shelley en 1816. L’exposition explore comment l’ennui, souvent décrié, a engendré des chefs-d’œuvre littéraires. Sans l’ennui, pas de Proust ni de Casanova, retranchés pour écrire. En 1816, un été maussade pousse Shelley à créer son monstre iconique. L’ennui, moteur de création, est célébré ici comme une force vitale. Cette réflexion s’étend à l’idée que l’ennui divin aurait donné naissance à l’humanité, soulignant son rôle dans l’art et la pensée, de Baudelaire à nos jours.

Article complet

Par François-Henri Désérable

 

S’il avait fait beau temps, à l’été 1816, Mary Shelley n’aurait peut-être jamais écrit Frankenstein. Deux siècles plus tard, la Fondation Bodmer revient sur la genèse du plus célèbre des monstres littéraires.

L’ennui a mauvaise presse et pourtant.

Pourtant de quoi sommes-nous le fruit sinon celui d’un ennui abyssal ? S’il a créé le jour et la nuit, le ciel et la Terre, et s’il a décidé de la peupler, cette Terre, n’est-ce pas que Dieu s’ennuyait à mourir ? (Écrivant cela on peut l’entendre nous dire qu’Il aimerait bien nous y voir, que c’est bien beau, le Cosmos, mais passez-y quelques millions d’années et alors vous verrez : on s’y embête franchement.)

Ôtez l’ennui à Dieu, donc, et dites adieu aux hommes. Ôtez l’ennui aux hommes, et dites adieu à quelques-uns des plus grands chefs-d’œuvre du génie humain. Il faudrait un jour recenser tout ce qu’on doit à l’ennui, à commencer dans les Lettres : c’est parce qu’il était las de la vie mondaine que Proust s’enferma dans sa chambre tapissée de liège, cessa de vivre pour revivre et bâtir sa « cathédrale » ; c’est parce qu’il était trop seul, trop vieux et trop édenté pour jouir inlassablement du corps des femmes – et dans une moindre mesure de la conversation des hommes – que Casanova se retrancha au fin fond de la Bohême, dans une petite chambre du château de Dux où il entreprit de raconter l’histoire de sa vie ; et c’est une chose entendue depuis Baudelaire : le poète apparaît « par un décret des puissances suprêmes », en un « monde ennuyé ».

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