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Paris célèbre le vertigineux Gio Ponti

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Le Musée des Arts décoratifs de Paris met en exergue l’œuvre prolifique de ce maestro italien du XXe siècle qui continue d’inspirer le design et l’architecture contemporaine.

Considéré comme l’un des architectes et designers les plus influents du siècle dernier, Gio Ponti (Milan 1891-1979) est mis à l’honneur au MAD pour une première rétrospective en France. De lui, sont surtout connues la tour Pirelli élancée dans le ciel milanais depuis 1960 comme une prouesse architecturale de l’après-guerre, et la chaise Superleggera (1,7 kilo) éditée en 1957 par Cassina. C’est la face immergée de l’iceberg. De la centaine de constructions à travers le monde en passant par près d’un millier de projets de meubles et d’objets, l’homme a laissé, au cours d’une longue carrière, une œuvre foisonnante, inventive et joyeuse, follement éprise de lumière, de couleur et de légèreté. « Une œuvre-monde », selon Olivier Gabet, directeur du musée, qui fait du créateur le successeur légitime des plus grands artistes de la Renaissance italienne.

ASSONANCES ET RÉMINISCENCES

Bien servie par une scénographie de Jean-Louis Wilmotte, l’exposition esquisse toutes les facettes de sa carrière, de 1921 à 1978, à travers plus de quatre cents pièces de verrerie, céramique, orfèvrerie, de meubles et objets du quotidien, lettres, dessins, plans et maquettes. Le tout assorti de six reconstitutions spectaculaires mettant en avant l’approche globale de son travail. Tout un monde à découvrir, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, de la cafetière au gratteciel. Selon Salvatore Licitra, directeur des archives

Légèreté, transparence, la lumière et le ciel. Cathédrale de Tarente, 1964-1970
La mano della fattucchiera (La main de la sorcière), 1935 Richard Ginori. Porcelaine émaillée, décor peint à la main. Collection Sesto Fiorentino, Museo Richard Ginor della Manifattura di Doccia, Polo musale della Toscana
Villa Planchart, salle de séjour, Caracas, 1957 © Fondation Planchart

de Gio Ponti et co-commissaire de l’événement, il faut se détacher de l’ordre chronologique pourtant incontournable. « Entrelacer les assonances et réminiscences entre les créations permet, dit-il, de saisir l’esprit qui traverse toute l’œuvre de Ponti. Un univers influencé par ses racines culturelles, mais délibérément réinventé avec un talent particulier ». La création d’un style italien identifiable, l’association constante des disciplines créatives au service d’un art total, sont les points cruciaux que le créateur cherchera à mettre en place en permanence. Il n’y a pas de distance chez le maestro entre les savoir-faire de l’artisan, la fulgurance de l’artiste, la capacité inventive de l’ingénieur et le regard éclairé de l’architecte. «Toute sa vie, l’homme mettra un point d’honneur à établir des passerelles entre l’architecture, l’ameublement et les œuvres d’art, observe Olivier Gabet, non seulement parce qu’il peint lui-même, mais parce qu’il croit à une beauté accessible à tous».

ENTRE TRADITION ET INNOVATION

De l’héritage du mouvement néoclassique italien à la dématérialisation fascinante de la cathédrale de Tarante qui fut l’une de ses dernières réalisations, Ponti n’aura eu de cesse d’ouvrir les perspectives d’un nouvel art de vivre et d’habiter. Né à Milan d’une famille bourgeoise et diplômé dans cette même ville de l’École polytechnique, il ouvre son cabinet d’architecture en 1921. Une fonction qui rapidement ne suffira plus à combler sa créativité toujours en alerte. Deux ans plus tard, il devient le directeur artistique du porcelainier florentin Richard Ginori, pour lequel il revisite l’iconographie mythologique et développe le mode de production en sé- rie. Ses pièces seront immédiatement primées lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs qui se tient à Paris en 1925. Une distinction qui lui permettra de rencontrer Tony Bouilhet, PDG de la maison Christofle pour lequel il dessinera sa première architecture à l’étranger. À Garches, près de Paris, c’est la célèbre villa de style palladien L’Ange volant.

Dans les années trente, Ponti emprunte le tour- nant moderniste et développe un vocabulaire complexe et rationnel, à l’instar de ses Case tipiche (maisons typiques) construites à Milan, où son concept de la maison à l’italienne avec ses balcons, terrasses et loggias, s’accorde à une nouvelle typologie. Quant au premier immeuble de bureaux du groupe Montecatini, il constitue un éloquent témoignage de cohérence entre forme et fonction. Conçu dans les moindres détails, de la poignée de porte aux chaises en acier tubulaire, il ouvre la voie à une expérimentation inédite sur l’usage des matériaux et contribue à l’avènement du design industriel. Ce qui n’empêche pas l’architecte de dessiner des luminaires pour Fontana Arte, des verres pour Venini, des couverts pour Krupp, des étoffes, du mobilier pour Casa e Giardino, etc. Durant les années quarante, Ponti se consacre au Palazzo del Bo de l’Université de Padoue où il peint lui-même certaines des fresques monumentales. Tendu entre arts, modernité et aspirations de l’imaginaire, c’est sans doute l’ensemble le plus coloré de son œuvre.

Chaise Gabriela, 1971, pour Walter Ponti, collection particulière © Gio Ponti Archives
Toujours en production, la chaise en bois Superleggera, 1957 Éditions Cassina © Gio Ponti Archives

Pour promouvoir les idées de son temps, Ponti lance en 1928, une revue d’architecture et de design qu’il dirigera pratiquement toute sa vie. Créée à l’origine pour faire valoir les idées du Novecento auxquelles il s’apparente, elle répercute les projets modernistes italiens et internationaux et jouera un rôle important dans la promotion du « made in Italy ». Il sera aussi l’un des artisans majeurs de la Triennale d’Art et d’Architecture de Milan, en 1933, qui trouvera un écho de toute l’avant-garde européenne.

Tour Pirelli, Milan, 1960
Théière Aero, 1957 Christofle, Paris © Fonds Christofle
Couverts Pastille, prototypés pour Christofle, 1953-1957 Patrimoine Christofle ©Vincent Thibert
Service de table, Edition Ceramica Franco Pozzi, 1967 © Image courtesy of Wright auction
L’ARCHITECTURE EST UN CRISTAL

Dans les années d’optimisme et de renaissance de l’après-guerre, Ponti participe pleinement à cet âge d’or du design italien où architectes, artisans et industriels œuvrent main dans la main. Au sommet de sa carrière, il bâtit des édifices majeurs à l’internationale. « L’archittetura è un cristallo », disait Ponti. Un volume parfait, exact, essentiel, une forme finie comme la tour Pirelli de cent vingt- sept mètres de haut, qui conjugue dans son ornement l’ingénierie d’avant-garde et l’artisanat d’art. Autre chef-d’œuvre, la villa Planchart, hommage à la vue et la lumière posé comme une sculpture abstraite sur les collines de Caracas, au Vénézuela. Il y dessinera chaque détail, faisant de la maison une œuvre d’art totale.

Légèreté, transparence, lumière sont les maîtres mots de son architecture. Les façades de ses édifices seront bientôt envisagées comme des feuilles de papier pliées et perforées de motifs géométriques, à l’image du Musée d’art de Denver. À l’heure où sa cote auprès des collectionneurs est au firmament, Gio Ponti, dont le génie a stimulé ses contemporains, inspire toujours les nouvelles générations de designers et d’architectes.

Viviane Scaramiglia

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